Placements
Les obligations, une valeur sûre
Tandis que les marchés accusent un sérieux repli, les obligations et fonds d'obligations connaissent une forte hausse : est-ce un feu de paille?
TIRÉ DU NUMÉRO :
JANV.-FÉVR. 2003 | PAR
LARRY SHORT
De toute leur histoire, les marchés boursiers n'ont connu que deux régressions plus importantes que celle qui sévit depuis mars 2000. Pendant que le cours des actions dégringole, toutefois, il y a trois types de placements qui ont monté en flèche.
J'ai traité de deux de ces placements —
l'or et
l'immobilier — dans mes chroniques de
septembre-octobre et de
novembre-décembre 2002. Passons maintenant au troisième : les obligations. Depuis que le marché a commencé à se détériorer, les obligations et fonds d'obligations affichent de superbes rendements.
Cependant, comme pour l'or et l'immobilier, une question se pose :
s'agit-il d'une tendance durable ou bien encore d'un phénomène éphémère?
Le marché obligataire
est-il un bon placement? Pour le savoir, vous devez d'abord évaluer vos connaissances ou celles de l'investisseur sur le sujet. En effet, selon une étude réalisée pour le compte des planificateurs financiers Partenaires Cartier de Toronto, qui a été publiée dans le
National Post en septembre dernier, 66 % des Canadiens échoueraient à un examen sur les notions financières de base, et 46 % d'entre eux ne comprennent pas le fonctionnement des fonds d'obligations. Comme il peut y avoir de tels profanes parmi vos clients, il importe ici de donner quelques explications essentielles pour dissiper certains malentendus.
Obligations et CPG
L'obligation, tout comme le certificat de placement garanti (CPG), n'est ni plus ni moins qu'un contrat garantissant un revenu d'intérêt. Dans les deux cas, l'investisseur fait un dépôt pour acheter un placement et convient de ne pas retirer cet argent avant une date fixée à l'avance en contrepartie d'un versement d'intérêt déterminé.
Il existe toutefois des différences importantes entre une obligation et un CPG. La durée maximale d'un CPG est généralement de cinq ans, bien qu'il y ait parfois des CPG de sept ans. La durée d'une obligation, par contre, peut parfois atteindre 30 ans, voire plus.
De plus, l'argent investi dans un CPG est immobilisé; quand on le retire avant l'échéance, on perd tout l'intérêt accumulé
jusque-là. Il existe bien des CPG encaissables, mais ils portent intérêt à un taux nettement moindre.
L'obligation offre davantage de souplesse : vous pouvez la conserver jusqu'à son échéance, mais aussi l'encaisser avant, en la vendant au prix du marché. Supposons par exemple que vous décidez de faire un placement dans des obligations de 30 ans qui, au moment de l'achat, coûtent 100 $ chacune et portent intérêt à 5 %. Cela signifie que vous toucherez chaque année 5 $ d'intérêt par obligation, pendant 30 ans. Vous êtes assuré de toucher 5 $ par année pour chaque obligation pendant 30 ans et de recevoir, à l'échéance, les 100 $ investis à l'origine.
Mais qu'arrive-t-il si le taux d'intérêt passe à 10 % au terme de la première année? Le cours des obligations est alors réduit jusqu'à ce que le versement d'intérêt de 5 $ corresponde à un rendement de 10 %. En effet, le versement de 5 $, lui, ne peut changer. Si le taux d'intérêt grimpe à 10 %, le cours des obligations sera donc ramené à environ 50 $. Si vous les vendez à ce moment, vous recevrez environ 50 $ pour chaque obligation payée 100 $.
Grosso modo, si les taux du marché augmentent après que vous avez acheté des obligations, vous essuyez une perte. Dans l'exemple qui précède, vous avez accepté de toucher un rendement de 5 % alors que d'autres placements offraient un rendement plus élevé. Cela se traduit par une perte en capital qui prend la forme d'une diminution de la valeur marchande des obligations. Plus le terme du placement est long, plus le cours de l'obligation diminue, et plus la perte est lourde. Si vous conservez les obligations jusqu'à leur échéance, vous récupérerez votre placement de 100 $; mais si vous les vendez avant, vous en obtiendrez moins que ce que vous avez payé.
Obligations et fonds d'obligations
En plus d'acheter directement des obligations, il est aussi possible d'investir dans un fonds d'obligations,
c'est-à-dire un fonds commun de placement constitué uniquement d'obligations. La gestion de ce type de fonds est confiée à un spécialiste compétent et chevronné, dont la rémunération prend généralement la forme de frais de gestion de l'ordre de un à deux pour cent. Le gestionnaire de fonds vend ou achète les titres en fonction de l'évaluation qu'il fait de la conjoncture. L'investisseur profite donc de services de gestion professionnels, ce qui est censé lui procurer un rendement supérieur à celui qu'il toucherait en faisant ses placements
lui-même.
Ces trois dernières années, certains de ces fonds ont enregistré un rendement après frais de gestion remarquable. Les 50 meilleurs fonds d'obligations canadiens ont tous progressé de plus de
6,41 % par année, alors que les marchés des actions se sont écroulés. Le plus performant de ces fonds a dégagé un rendement de
9,8 % par année en sus des frais de gestion
de 1,54 %.
Les fonds d'obligations constituent-ils donc le meilleur placement?
Pour répondre à cette question, il faut envisager certains éléments de base. Premièrement, le fonds d'obligations ne comporte pas d'échéance, contrairement à l'obligation. Le gestionnaire du fonds achète et vend diverses obligations venant à échéance à des dates variées. De plus, comme chaque obligation porte intérêt à un taux différent, il est impossible de déterminer le taux d'intérêt offert par un fonds d'obligations, car il change constamment.
Pour pallier cette difficulté, certains conseillers établissent l'échéance et le taux d'intérêt moyens des obligations détenues dans le fonds, mais ce ne sont pas là de bons indicateurs du rendement futur du fonds. Or, beaucoup de conseillers et d'investisseurs basent leurs décisions sur le rendement moyen réalisé par le fonds au cours des cinq dernières années, ce qui est très risqué.
Quand les taux d'intérêt baissent, les obligations prennent de la valeur et, de ce fait, les fonds d'obligations aussi. Quand les taux d'intérêt sont en régression pendant une longue période, les obligations affichent bien entendu un rendement reluisant. Mais en cette matière, le passé n'est pas garant de l'avenir. Tout va bien si les taux continuent de descendre.
Qu'arrive-t-il, toutefois, s'ils se redressent?
Les risques associés aux fonds d'obligations
Quand les taux d'intérêt montent, le taux de rendement des fonds d'obligations se détériore. Il est donc périlleux de se fier au rendement moyen de ces fonds, sur trois ans ou sur cinq, après des années comme celles que nous venons de vivre. Il ne faut pas supposer que le taux de rendement sera toujours aussi élevé. D'ailleurs, un taux moyen élevé peut être annonciateur d'un déclin imminent.
Les taux d'intérêt grimpent lorsque les marchés des actions sont en hausse. Quand ils accusent un recul, les investisseurs se départissent de leurs actions et achètent des obligations, ce qui fait monter le cours des obligations. Le phénomène inverse se produit quand les marchés des actions gagnent du terrain : les investisseurs troquent alors leurs obligations et leurs fonds d'obligations contre des actions, et le cours des obligations baisse. Actuellement, les marchés des actions sont à la baisse depuis près de trois ans. Si le vent devait tourner, les titulaires de parts de fonds d'obligations seraient touchés par le ressac.
En sera-t-il de même pour les titulaires d'obligations en tant que telles? S'ils conservent leurs obligations jusqu'à l'échéance, ils ne subiront pas de perte; qui plus est, ils pourraient toucher, à court terme, un meilleur rendement que les titulaires de parts, car ils n'ont pas à payer de frais de gestion.
La valeur des obligations
Une foule de bonnes raisons justifient l'intégration de parts de fonds d'obligations à une stratégie de placement à long terme; il faut toutefois comprendre comment les fluctuations des taux d'intérêt influent sur leur rendement. Avant d'acheter de telles parts,
discutez-en toujours avec un conseiller financier professionnel et déterminez s'il est plus avantageux pour vous d'acheter des obligations plutôt que des parts de fonds.
Enfin, ne perdez pas de vue que, dans la mesure où le marché boursier ne connaît que des ratés occasionnels, les obligations constituent un placement sûr. Mais elles n'échappent pas à la règle d'or qui s'applique à tous les titres : il faut les acheter quand leur valeur est faible.
[
Haut de la page ]
Larry Short, B.Com., CIM, CFP, FICVM, CGA, est vice-président chez RBC Dominion Securities à St. John's et auteur de In Short: Secrets to Make Your Dollars Grow.