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Émergence de l'apprentissage en ligne 

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Formation

Émergence de l'apprentissage en ligne

Partout au monde, l'utilisation d'Internet et des technologies multimédias dans le contexte de la formation à distance et des programmes d'études sup érieures est en hausse.

 

L'apprentissage en ligne est sur toutes les lèvres ces jours-ci dans les milieux de l'enseignement et des affaires, et ce nouveau concept fait son chemin à grand renfort de publicité. Des personnalités comme John Chambers, PDG de Cisco Systems, et Sean Maloney, vice-président directeur d'Intel Corporation, disent qu'il s'agit de la prochaine vedette des applications Internet. En fait, lorsqu'on interroge le moteur de recherche Google sur l'expression « e-learning », on obtient plus de 1,6 millions de résultats! Dans son livre The Wired Tower, Matthew Pittinsky, dirigeant de Blackboard Inc., à laquelle on doit l'un des principaux systèmes de gestion de formation en ligne, claironne le potentiel de l'apprentissage en ligne pour créer de nouvelles sources de revenus, améliorer l'enseignement et servir de nouveaux marchés.

De toute évidence, il s'agit d'un phénomène notable. Mais comment faire la part des choses entre l'information et le tapage publicitaire? Qu'entend-on exactement par « apprentissage en ligne »? Et s'agit-il vraiment d'un concept révolutionnaire?

Définitions

L'apprentissage en ligne est un mode d'apprentissage qui fait appel à Internet et à la technologie multimédia pour offrir une formation de haute qualité. L'expression est souvent utilisée comme synonyme de « téléapprentissage » et d'« apprentissage mixte »; toutefois, chacune de ces expressions a une signification qui lui est propre.

« Téléapprentissage » recouvre une notion beaucoup plus vaste, qui englobe toute forme d'apprentissage dans le contexte duquel l'étudiant et l'enseignant sont séparés. Cette notion s'applique aux cours par correspondance, à la vidéoconférence et à l'enseignement assisté par ordinateur.

« Apprentissage mixte » correspond à un modèle mixte d'enseignement et d'apprentissage qui prévoit à la fois le contact direct et la formation faisant appel aux technologies. Ce modèle peut marier, par exemple, rencontres hebdomadaires et discussions et ressources en ligne.

Avant tout, l'apprentissage en ligne est un téléapprentissage faisant appel uniquement à Internet et à la technologie multimédia. Il peut être intégré à l'apprentissage mixte.

Qualité

D'après certains partisans, l'apprentissage en ligne transformera l'enseignement et l'apprentissage en suscitant un changement de paradigme monumental qui permettra d'améliorer la qualité de la formation tout en en réduisant les coûts. Ils soutiennent que les personnes qui l'essaient, l'adoptent et ne retourneront jamais au mode d'apprentissage traditionnel. Eh bien, ce n'est pas tout à fait juste. La formation virtuelle a des avantages particuliers, mais elle ne remplacera jamais complètement la formation conventionnelle. La communication directe entre les étudiants et les enseignants et les relations sociales que l'on entretient sur les campus demeureront un élément essentiel des études universitaires, particulièrement au premier cycle.

Le principal avantage de l'apprentissage en ligne réside dans sa souplesse. La formation étant offerte sur Internet, l'étudiant n'a pas à se rendre en classe pour en bénéficier. Il peut suivre son cours en tout lieu doté d'un ordinateur et d'une connexion Internet. L'apprentissage en ligne offre encore plus de souplesse lorsqu'il est donné de façon asynchrone, c'est-à-dire lorsqu'il n'exige pas d'activités en temps réel. Dans ce cas, les étudiants se connectent au site Web de leur cours, lisent le matériel didactique, consultent les ressources mises à leur disposition en ligne, participent à des activités d'apprentissage virtuelles et interagissent avec les autres participants et les instructeurs par le biais de forums de discussion et de courriels. Ils peuvent faire tout cela au moment et à l'endroit de leur choix. Ce mode d'apprentissage indépendant de l'heure et de l'endroit est attrayant pour les professionnels sur le marché du travail.

Les détracteurs de l'apprentissage virtuel laissent entendre que la souplesse est réalisée au détriment de la qualité et que l'expérience ne pourra jamais égaler le contact direct. Pourtant, un cours en ligne bien conçu peut réellement se révéler supérieur à un cours conventionnel. En effet, si vous avez fréquenté l'université récemment, vous avez fait l'expérience d'un autre type d'enseignement à distance : les cours en amphithéâtres où un professeur à peine visible fait sa classe à 500 étudiants. Existe-t-il pire formule? Les étudiants écoutent passivement le professeur pendant 50 minutes en prenant des notes à toute allure et, s'ils sont chanceux, une poignée d'entre eux pourront poser une question dans les cinq dernières minutes.

Au contraire, un cours en ligne bien structuré peut donner lieu à des échanges enrichissants et constants. De petits groupes travaillent ensemble en ligne pour réaliser des projets d'équipe. Les étudiants posent des questions à leur instructeur en tout temps et ont droit à beaucoup plus d'attention individuellement que dans une classe.

De toute évidence, nous comparons deux extrêmes. Il existe de nombreux exemples d'enseignement conventionnel enrichissant et gratifiant et d'enseignement virtuel médiocre. La qualité de l'apprentissage dépend largement de la manière dont on conçoit et enseigne le cours. La technologie sur laquelle repose la formation en ligne permet des apprentissages de qualité, interactifs, intenses et significatifs, mais les cours virtuels ne vaudront guère mieux que les cours en amphithéâtres s'ils ne sont pas conçus et donnés convenablement.

Évolution

Sous de nombreux aspects, l'apprentissage en ligne n'a rien de nouveau. Il n'est que la forme la plus évoluée de l'apprentissage à distance. Dans leur livre, E-Learning in the 21st Century , les chercheurs canadiens en éducation Terry Anderson et Randy Garrison décrivent cette phase d'évolution technologique comme étant la troisième génération du téléapprentissage.

Le téléapprentissage de première génération reposait principalement sur des cours par correspondance que les étudiants suivaient seuls. Bon nombre d'universités ont offert des cours de ce type dès la première partie du XXe siècle et beaucoup continuent aujourd'hui. Selon cette formule, les étudiants travaillent à la maison et renvoient leurs travaux par la poste à leurs instructeurs qui les corrigent et les leur retournent accompagnés de commentaires.

L'intégration des supports radiotélévisés à ce mode d'apprentissage en solitaire, par correspondance, a marqué l'avènement d'une deuxième génération de formation à distance. La British Open University en est l'exemple le plus connu. Depuis sa constitution en 1969, elle a toujours compté la télévision et la radio parmi ses principaux outils de formation. Présentées par la BBC, les émissions complètent la documentation étudiée à la maison.

La troisième génération a marqué une évolution de l'apprentissage autonome vers un apprentissage plus collectif et collaboratif, qui s'est réalisée par le biais de techniques interactives asynchrones et synchrones, comme l'audioconférence, la vidéoconférence et la conférence médiatisée par ordinateur. La plupart des nouveaux cours de formation à distance donnés actuellement par les universités canadiennes conventionnelles en sont un exemple.

Essentiellement, l'apprentissage en ligne est une méthode de la troisième génération, bien que, dans certains cas où l'on ne met pas à contribution les possibilités interactives d'Internet, on puisse encore l'assimiler aux formations de première génération; dans ces cas, on fait appel à Internet comme à un pipeline : on en recueille le cours en ligne au lieu de le recevoir en forme imprimée par la poste.

Tendances

Dans le monde entier, la formation à distance demeure principalement de première ou de deuxième génération, c'est-à-dire effectuée en solo et reposant sur du matériel imprimé. Partout cependant, on intègre de plus en plus l'apprentissage en ligne au téléapprentissage et à l'apprentissage mixte, qui font tous deux appel à la technologie, mais qui, en général, sont chacun conçus pour des publics et des besoins différents.

Sur tous les campus universitaires, une nouvelle forme d'apprentissage en ligne fait son apparition, qui marie le contact direct et l'enseignement à distance. C'est le modèle mixte qui vise à rehausser la qualité des apprentissages et à donner plus de latitude aux étudiants du premier cycle conventionnel. Les premiers essais ont visé les cours de premier cycle à forte fréquentation.

En réduisant l'enseignement direct et en intégrant des éléments technologiques, on accroît les possibilités d'interaction étudiants- étudiants et étudiants-instructeurs et on permet l'accès à un éventail de ressources de qualité. Au lieu de suivre son cours dans un amphithéâtre, l'étudiant peut le suivre en ligne et prendre part à des discussions asynchrones; par contre, des groupes d'étudiants moins nombreux peuvent se rencontrer dans le cadre de classes dirigées, de séminaires et d'autres activités, ce qui constitue une utilisation beaucoup plus productive de la formation directe.

Lorsqu'elle est efficace, cette démarche assure un apprentissage qui exploite à la fois les qualités de la technologie et des contacts directs. Dans son ouvrage Deep Learning for a Digital Age, Van B. Weigel, professeur d'éthique et de développement économique au Eastern College de Pennsylvanie, nomme cette démarche « éducation en profondeur ». À son avis, elle aide les étudiants à exercer un jugement critique, à s'intéresser activement au contenu d'un cours, à mettre à profit leurs connaissances et leurs expériences, et à s'approprier le savoir au lieu d'assimiler passivement des contenus exposés par des spécialistes.

L'utilisation de l'apprentissage virtuel dans le cadre du modèle mixte a plusieurs avantages : les étudiants profitent d'une certaine latitude, car l'assistance au cours est réduite et remplacée par des méthodes d'apprentissage reposant sur la technologie; les instructeurs peuvent combiner la technologie et les méthodes d'enseignement pour répondre au mieux aux objectifs touchant les contenus et l'apprentissage; on ne suppose plus d'emblée que les cours magistraux demeureront à la base de toute la formation. Enfin, les établissements d'enseignement peuvent accueillir plus d'étudiants tout en désengorgeant les locaux ou en réduisant la taille des classes existantes (ou les deux). L'apprentissage en ligne ne permet toutefois pas d'économie d'argent, comme le fait valoir Tony Bates, directeur, Enseignement à distance et Technologie, à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), dans son ouvrage intitulé La cyberformation dans l'enseignement supérieur : développement de stratégies nationales. Au mieux, il permet aux institutions de devenir plus rentables grâce aux admissions accrues ou à la prestation de formation de meilleure qualité à coûts comparables.

L'apprentissage entièrement virtuel convient particulièrement à l'enseignement supérieur et à la formation professionnelle. Les établissements d'enseignement privés, comme l'University of Phoenix Online, ont vu leur nombre d'étudiants grimper lorsqu'ils ont augmenté le nombre de programmes de maîtrise professionnelle offerts en ligne. Ces programmes sont attrayants pour les travailleurs à temps plein qui doivent se perfectionner, mais qui n'ont pas le temps de suivre les programmes conventionnels.

L'UBC a lancé son premier programme en ligne destiné à ce marché en 1997. Il s'agissait d'un certificat en apprentissage fondé sur les technologies. À ce jour, plus de 400 personnes s'y sont inscrites et près de 50 étudiants l'ont terminé. En 2002, il a été intégré à un programme de maîtrise en technologie éducative entièrement donné en ligne, qui est offert conjointement avec l'université privée Tec de Monterrey (Mexique). Jusqu'à maintenant, 66 étudiants se sont inscrits à ce programme. L'UBC a également mis au point, de concert avec l'université McMaster de Hamilton (Ontario), un programme de certificat en ligne en sciences de réadaptation destiné aux cycles supérieurs. Elle travaille actuellement à l'élaboration d'un programme de maîtrise en ligne en gestion du savoir avec l'Université ouverte de Catalogne (Espagne).

Les dimensions internationale et collaborative de bon nombre de programmes d'enseignement supérieur et professionnel en ligne sont un aspect important de la nouvelle orientation virtuelle de l'enseignement. Comme ces programmes sont offerts à quiconque a accès à Internet, les établissements d'enseignement sont encouragés à collaborer à leur mise au point. Chaque collaborateur possède une connaissance privilégiée des besoins de sa clientèle locale, mais il peut tirer profit des savoirs associés à sa collaboration avec une institution prestigieuse, établie ailleurs dans le monde. Cette « saveur » internationale des programmes virtuels profite aux étudiants, qui peuvent échanger avec des pairs du monde entier, puiser dans un ensemble plus vaste de savoir-faire et apprendre à travailler dans un contexte interculturel.

L'apprentissage en ligne intégré au téléapprentissage et à l'apprentissage mixte est prometteur : souplesse, interactivité, collaboration et capacité de relier les étudiants et de leur donner accès à des ressources provenant du monde entier. Mais ce mode d'apprentissage dépasse largement la technologie et ne réglera pas le problème des classes surchargées et des exposés magistraux que les étudiants écoutent passivement. La technologie doit être combinée à des cours novateurs qui font appel à des démarches collaboratives et interactives, et qui exigent de la part des étudiants un engagement actif à se former et à échanger sur les matières à l'étude.

 

Ressources documentaires
  • Bates, A.W. (2001). La cyberformation dans l'enseignement supérieur : développement de stratégies nationales, Paris, UNESCO.
  • Garrison, D.R. & Anderson, T. (2003). E-Learning in the 21st Century: A Framework for Research and Practice, New York, RoutledgeFalmer.
  • Pittinsky, M.S. (2003). The Wired Tower: Perspectives on the Impact of the Internet on Higher Education, Toronto, Prentice-Hall.
  • Weigel, Van B. (2002). Deep Learning for a Digital Age, San Francisco, Jossey-Bass.

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