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Les bons outils 

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Placements

Les bons outils

N'ayant rien perdu de sa pertinence après des décennies, la méthode de la répartition de l'actif est encore utilisée, mais il faut en conna ître les limites.

 

Dans des chroniques « Placements » antérieures, nous avons discuté des vertus de la répartition de l'actif pour réduire le risque, affirmant même qu'il s'agit peut-être de la meilleure méthode de placement pour les vingt prochaines années. Cet outil, doit néanmoins être utilisé judicieusement.

Si vous avez déjà ouvert un compte de placement ou un compte de fonds communs de placement et que vous avez répondu à un questionnaire portant sur votre situation financière, votre avoir et votre tolérance au risque, il se peut fort bien que la méthode de la répartition de l'actif vous soit familière. Or, ce n'est que lorsque vous prenez conscience de la profusion de programmes, de formulaires et de mécanismes différents de répartition de l'actif utilisés par les institutions financières dans l'ensemble du Canada que vous commencez à vous interroger. Quel est, le meilleur outil? Comme vous le savez, dans toute boîte à outils, certains instruments sont plus utiles que d'autres.

Pour bien comprendre les différences qui existent entre les diverses stratégies de répartition de l'actif et choisir celle qui vous convient, vous devez comprendre les limites de chacune d'entre elles.

Un outil théorique

On peut soutenir que la théorie moderne de la répartition de l'actif trouve son origine en 1952 dans les travaux du professeur Harry Markowitz qui, 38 ans plus tard, en 1990, recevait le prix Nobel de Sciences économiques pour sa théorie novatrice. Celle-ci reposait sur la représentation graphique des rendements historiques de diverses combinaisons d'actions, d'obligations et de liquidités par rapport au risque associé à chacune des combinaisons au fil du temps. La forme obtenue est d'aspect ovoïde, c'est-à-dire que plus la proportion d'actions dans un portefeuille est grande, plus le rendement potentiel est élevé.

Mais ce n'est pas tout. Le modèle de Markowitz mettait en lumière d'autres points intéressants, notamment le fait que le taux de rendement — et le risque — n'augmente pas proportionnellement à la somme investie en actions. En fait, il existerait des combinaisons de titres précises qui permettent à l'investisseur d'obtenir un rendement espéré optimal pour chaque niveau de risque, ou un niveau de risque minimal pour un rendement espéré donné. On appelle la représentation graphique de cette relation la frontière d'efficience.

Autre point intéressant : même si l'augmentation de la proportion d'obligations dans un portefeuille s'accompagne généralement d'une diminution du risque, certaines combinaisons d'actions, d'obligations et de liquidités comportent un niveau de risque moins élevé qu'un portefeuille exclusivement composé d'obligations.

De la théorie à la pratique, toutefois, les choses ne sont pas si simples, comme nous le verrons ci-après.

Des outils imparfaits

Initialement, le modèle de Markowitz était destiné à des institutions financières, plus particulièrement des sociétés de caisse de retraite, de fonds communs de placement et d'assurances dont l'horizon de placement est illimité. Le modèle s'est d'ailleurs avéré efficace pour ces sociétés au fil des ans.

En revanche, l'horizon de placement d'un particulier n'est pas illimité. La planification financière personnelle vise une période bien précise, définie par le départ à la retraite ou le début des études des enfants, par exemple. Il arrive donc que la répartition obtenue par l'application du modèle ne soit pas adéquate et amène le particulier à s'exposer davantage au risque qu'il ne le souhaite.

Il est relativement facile de déterminer si votre logiciel de répartition de l'actif présente cette lacune. Il suffit de lancer votre programme deux fois en utilisant chaque fois les mêmes données, sauf en ce qui concerne l'horizon de placement. En comparant les deux répartitions obtenues, vous pourrez déterminer si votre logiciel tient compte de la réduction de l'horizon de placement et, dans l'affirmative, établir dans quelle mesure il en tient compte. Par exemple, la répartition obtenue pour une personne qui souhaite liquider son placement dans un an sera plus prudente que la répartition obtenue pour une personne qui souhaite investir ses fonds pendant une dizaine d'années.

Le modèle de Markowitz repose sur l'hypothèse que le risque demeure constant tout au long de la période pendant laquelle les fonds sont investis, ce qui, évidemment, n'est pas réaliste. En effet, depuis le début de 1998, nous avons observé au moins un point de risque minimal sur le marché — soit le 1er août 1998, lorsque le TSE s'établissait à 5 530 — et un point de risque maximal — soit le 1er septembre 2000, lorsque le TSE a atteint un sommet de 11 388.

Or, si vous aviez rempli un questionnaire de répartition de l'actif à chacune de ces dates, le résultat aurait été le même dans les deux cas. En d'autres termes, vous auriez investi vos économies dans les mêmes proportions d'actions, d'obligations et de liquidités que le marché ait été au sommet ou au plus creux de la vague. Est-ce là un comportement rationnel? Les résultats ne devraient-ils pas être diamétralement opposés? Ne faut-il pas accroître la proportion des obligations et réduire la proportion des actions en période de hausse des marchés et vice versa?

Le modèle de Markowitz ne tient pas compte des mouvements à court terme du marché. Cela dit, devez-vous appliquer le modèle aveuglément ou prendre les mesures nécessaires pour corriger les erreurs évidentes?

Quelques rajustements

Les erreurs doivent, bien sûr, être corrigées. Vous devez déterminer si votre logiciel de répartition de l'actif tient compte de l'horizon de placement réel. Dans l'affirmative, vous pouvez vous fier aux résultats obtenus. Autrement, il existe un moyen tout simple de rajuster les résultats : il suffit de répartir de nouveau la composante en actions du portefeuille proposé en appliquant les pourcentages fournis par le logiciel. Par exemple, si le logiciel vous propose un portefeuille composé à 60 % d'actions, 30 % d'obligations et 10 % de liquidités, prenez la composante en actions (c'est-à-dire 60 %) et appliquez à cette composante la répartition proposée par le logiciel. Vous obtiendrez 36 % d'actions (soit 60 % du résultat usmentienné), 48 % d'obligations (soit 30 % de 60 %, plus les 30 % initiaux) et 16 % de liquidités (10 % de 60 %, plus les 10 % initiaux).

Il se peut toutefois que ce rajustement ait une incidence négative sur vos plans. En gonflant la composante en obligations de votre portefeuille, vous abaissez votre taux de rendement à long terme. En revanche, vous réduirez suffisamment votre exposition réelle au risque pour apaiser vos inquiétudes tout en vous assurant un rendement raisonnable.

Une fois établie la répartition appropriée, vous devez tenir compte du niveau de risque sur le marché. Les rajustements liés au risque sont plus complexes que les autres. À la base, la méthode de répartition de l'actif a été élaborée pour éviter aux investisseurs la spéculation. Pour pallier cette difficulté, certains ajustements peuvent être apportés graduellement.

Le degré d'optimisme sur le marché est un facteur tout simple qui peut servir d'indicateur de la stratégie de placement à adopter. Lorsque les rendements sont positifs et que les marchés se rapprochent des sommets atteints par le passé, il est temps de penser à se montrer plus prudent. Inversement, lorsque les marchés sont au ralenti et que les grands titres des journaux financiers se font déprimants, c'est signe qu'il faut se faire plus audacieux. Plus facile à dire qu'à faire, direz-vous. Cette évaluation comporte, en effet, une grande part de subjectivité, et les résultats reposent sur votre expérience et votre jugement, ou ceux de votre conseiller.

Si vous n'êtes pas à l'aise avec ce genre de conjectures, vous pouvez toujours déterminer le taux de rendement qu'il vous faudra réaliser pour atteindre vos objectifs de placement, puis prendre vos décisions à partir de cette donnée de base. Par exemple, si vous optez pour un taux de 8 %, chaque fois que vous dégagerez un taux supérieur à 8 % pour un trimestre, vous adopterez une stratégie plus prudente le trimestre suivant, et vice versa.

Des outils à utiliser judicieusement

La répartition de l'actif est certes un outil puissant, mais vous devez être bien conscient de ses limites et apporter les modifications nécessaires pour l'adapter à vos objectifs de placement particuliers. En outre, choisissez votre conseiller avec circonspection, en tenant compte de son expérience et de ses connaissances. Entre bonnes mains, la répartition de l'actif peut s'avérer un outil précieux. Mal appliquée, elle vous coupera bras et jambes. À utiliser judicieusement.

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