Portrait
Une tâche ardue
En tant que directrice générale de la Région de la C.-B. et du Yukon de Citoyenneté et Immigration Canada, Marilyn Viger, CGA, a un énorme territoire sous son autorité — et les yeux ouverts sur le monde.
TIRÉ DU NUMÉRO : MARS-AVR. 2003 | PAR ALISON ARNOT
En ces temps de sécurité accrue à la frontière, Marilyn Viger, CGA, semble être chargée d'une mission presque impossible. Mme Viger, directrice générale de la Région de la C.-B. et du Yukon de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC), a pour fonction de faciliter l'entrée au Canada, mais aussi de contrôler l'accès au pays. En effet, elle supervise les activités des six principaux postes frontaliers terrestres, quatre ports maritimes, huit bureaux intérieurs et trois aéroports internationaux. Pour ce faire, elle doit donc concilier l'accueil de centaines de milliers de nouveaux immigrants, de réfugiés, de travailleurs temporaires, d'étudiants étrangers et de touristes, et le refus, voire le renvoi, des personnes arrivées illégalement au pays.
Permettre le libre mouvement des personnes tout en veillant à la sécurité de l'État est un véritable défi. Mme Viger explique d'un ton calme et neutre que, depuis le 11 septembre 2001, la mission de CIC s'est intensifiée. « Dans le plan d'action en trente points pour la sécurité à la frontière canado-américaine, le rôle que joue CIC à la frontière a été accru. Nous travaillons en bien plus étroite collaboration avec nos collègues du sud, le service américain d'immigration et de naturalisation (soit l'équivalent de CIC aux États-Unis) et les douanes américaines et canadiennes. De plus, nous collaborons étroitement avec la GRC et d'autres autorités policières, ainsi que le Service canadien de renseignement de sécurité. L'équipe chargée de l'exécution de la loi cherche évidemment à garantir l'absence d'indésirables et à effectuer les renvois dans les plus brefs délais. »
Mme Viger, en poste depuis moins d'un an, est une professionnelle de la fonction publique qui ne se laisse pas décourager par ses nouvelles responsabilités. « Les problèmes que pose mon territoire ne sont guère différents de ceux que mes collègues rencontrent dans d'autres régions », dit-elle en haussant les épaules. Mais vu les milles de littoral pacifique que comptent la C.-B. et le Yukon, les postes frontaliers avec les États-Unis ne sont pas son seul souci.
« La région présente des défis, déclare-t-elle, dont sa taille énorme et son gigantesque littoral, qui comprend l'archipel de la Reine-Charlotte et les îles du Golfe. » Le personnel est en contact régulier avec ses collègues de la région Asie-Pacifique, explique Mme Viger, car c'est de là que viennent un nombre considérable d'immigrants et d'étudiants étrangers, de même que de migrants clandestins et de demandeurs d'asile. Enfin la province est à l'extrémité nord d'un corridor pour les demandeurs d'asile et les migrants clandestins venant d'Amérique du Sud.
De son bureau clair avec vue sur l'un des coins de rues les plus animés de Vancouver, Mme Viger décrit les défis et les attraits de son poste. En tant que directrice générale, elle supervise les activités de quelque 500 employés travaillant dans des bureaux situés partout en C.-B. et au Yukon, le long de la frontière, dans l'arrière-pays, dans le nord et sur les îles — et tous identifiés par des points rouges sur l'énorme carte qui couvre l'un de ses murs.
« La plupart des immigrants s'installent dans trois villes au Canada : Montréal, Toronto et Vancouver, dit-elle. La région métropolitaine de Vancouver comprend de grandes concentrations d'immigrants. Quoique véritablement enrichie par les microcosmes de cultures en provenance des quatre coins du monde, la région semble malheureusement attirer les membres du commerce de la drogue. Je sais qu'on nous qualifie de capitale de la drogue de l'Amérique du Nord », ajoute-t-elle avec sarcasme.
Mais les intrigues liées à la capture d'éventuels terroristes, d'espions ou de trafiquants de drogue entrés illégalement au Canada ne représentent pas la seule, ni la plus gratifiante facette du travail de Mme Viger, qui trouve tout aussi valorisant d'aider les immigrants à s'établir au Canada. « Il m'arrive de signer une ordonnance de détention ou une mesure de renvoi le matin et d'accueillir de nouveaux Canadiens lors d'une cérémonie de citoyenneté l'après-midi. Ce sont là des rôles très différents mais tous deux gratifiants puisque, dans les deux cas, j'effectue une démarche positive pour le Canada. »
Rien qu'en Colombie-Britannique, plus de 40 000 immigrants prêtent serment de citoyenneté chaque année. Mme Viger qualifie ces cérémonies de « merveilleux événements qui font chaud au coeur ». « C'est un vrai plaisir d'y prendre part », déclare-t-elle. Les cérémonies, qui ont lieu partout au pays tout au long de l'année et auxquelles participent souvent les dignitaires et les familles, sont présidées par un juge qui fait prêter le serment de citoyenneté à tout un groupe à la fois. « Je répète le serment avec eux, ce qui est également valorisant. En tant que Canadienne de naissance, cela me fait réfléchir à ce que nous tenons souvent pour acquis », précise-t-elle.
Mme Viger a été élevée sur une ferme donnant sur le lac Washademoak à Coles Island, non loin de Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Pendant qu'elle poursuivait ses études de CGA, elle a travaillé au service financier de Postes Canada, puis à Revenu Canada (aujourd'hui l'Agence des douanes et du revenu du Canada). Elle affirme que c'est grâce à ses études de CGA qu'elle a pu entrer au service du fisc. « J'étais alors en deuxième ou troisième année », raconte-t-elle avant d'ajouter que tous les cours l'ont aidée dans son travail.
Mme Viger est restée à Revenu Canada pendant presque 25 ans. Elle a déménagé de Saint-Jean à Bathurst, au Nouveau-Brunswick, puis à Ottawa, et enfin à Vancouver, où elle a travaillé comme directrice adjointe de la Division de la validation et de l'exécution de l'Agence, au bureau des services fiscaux, avant de joindre les rangs de CIC. Elle avait auparavant occupé le poste de directrice régionale des programmes d'impôt auprès du commissaire adjoint de la Région C.-B./Yukon et, au niveau national, celui de directrice des affaires fédérales et provinciales à Ottawa. « L'Agence a été comme un kaléidoscope au fil des ans. C'est un gros organisme à dimensions multiples, observe Mme Viger. Je n'ai laissé passer aucune occasion d'apprendre. J'ai travaillé dans tous les domaines à l'Agence, de la vérification sur le terrain aux relations publiques en passant par les domaines plus techniques, l'analyse législative, la vérification interne ainsi que tous les aspects imaginables de la gestion. Tout ça essentiellement parce que j'aime apprendre. »
Mme Viger établit de nombreux parallèles entre son travail à l'Agence et sa mission à CIC. Sur le plan de la gestion, les deux ministères comptent des éléments semblables, notamment l'exécution de la loi, le service à la clientèle, les finances et l'administration et les défis que posent les ressources humaines. « La gestion des programmes se fait dans le même esprit, mais les missions sont très différentes. Le monde de l'argent et des déclarations d'impôt n'a rien à voir avec un travail comme celui-ci qui est axé sur les personnes et dont les aspects humanitaires et les questions de sécurité sont une partie intégrante, déclare-t-elle. À l'heure actuelle, le poste que j'occupe est étroitement lié à la sécurité et au programme économique du Canada. L'accent est donc sur la sécurité et le mouvement des personnes, plutôt que sur le mouvement de l'argent, ce qui créé une dynamique complètement différente. »
Mme Viger aime l'aspect humain que l'on trouve nécessairement dans un travail qui consiste à accueillir de nouveaux arrivants au Canada, à proposer un nouveau départ à des réfugiés et à jouer un rôle clé dans la sécurité du pays. « Chacune de nos décisions touche la vie des gens. D'une façon ou d'une autre, leur vie s'en ressent », dit-elle. Et cet effet se fait ressentir dans le monde entier, ce qu'elle trouve également valorisant. « Mon attention est désormais très axée sur l'extérieur, sur ce qui se passe dans le monde. D'où viendra le prochain flot de nouveaux Canadiens? »
Cette satisfaction d'aider des habitants de pays lointains, Mme Viger l'éprouve également dans sa vie privée. Cette fonctionnaire à l'horaire chargé est la marraine de Nora, une jeune égyptienne de 12 ans qui vit au vieux Caire. « Je suis devenue la marraine de Nora il y a déjà sept ou huit ans, quand elle avait environ cinq ans. J'espère continuer jusqu'à la fin de ses études universitaires si je le peux. » Bien qu'elle n'ait jamais rencontré Nora, Mme Viger entend bien le faire un jour. En attendant, elle donne aux photos de Nora une place d'honneur sur la porte de son réfrigérateur, avec celles de ses neveux et nièces.
Malgré un regard tourné vers l'extérieur, des déplacements dans tout le Canada et une longue absence de sa province d'origine, Mme Viger demeure membre de
CGA-Nouveau-Brunswick pour rester en rapport avec ses amis et collègues CGA de là-bas. Mais bien qu'elle s'accroche à ses racines de la côte Est et retourne à la ferme aussi souvent que possible, elle s'est bien habituée au style de vie de la côte Ouest, où elle vit depuis deux ans. Une fervente des activités de plein air, Mme Viger qualifie la randonnée pédestre en C.-B. de phénoménale et fait régulièrement de la course à pied, de la bicyclette ou du patin à roues alignées sur les nombreux sentiers récréatifs de Vancouver. Sans oublier bien évidemment le ski!
Non seulement Mme Viger apprécie-t-elle sa nouvelle vie en C.-B., mais elle s'est vraiment adaptée à son nouveau rôle à CIC. « Il s'agit vraiment d'une tâche qui a une incidence sur le Canada, déclare-t-elle. Il s'agit de bâtir la nation. Tout le monde en est conscient. Notre objectif ultime est de bâtir un Canada plus fort. »
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Alison Arnot est rédactrice-réviseure à la pige, à Ottawa.