Perspective
Une retraite sans souci?
| TIRÉ DU NUMÉRO : JANV.-FÉVR. 2004 | |
PAR JOHN NAGY, FCGA — PRÉSIDENT DU CONSEIL DE CGA-CANADA |
Nous rêvons tous de prendre une retraite confortable pour mieux profiter de la compagnie de nos proches et nous adonner à nos activités préférées. Ce rêve est-il réalisable pour les millions de Canadiens qui n'ont pas encore accroché leurs patins?
Les employés des gouvernements et des grandes sociétés peuvent souvent compter sur le régime de retraite de leur employeur. Les travailleurs, autonomes ou employés de PME ou d'organismes sans but lucratif, comptent peut-être sur un REER ou sur d'autres économies.
Mais nous nous poserons tous la même question : ces actifs si durement accumulés produiront-ils des revenus suffisants pour nous permettre de réaliser nos rêves de retraite? Il y a dix ans, c'était l'augmentation rapide du coût de la vie qui nous amenait à nous demander si nos régimes produiraient suffisamment de revenus.
Les journalistes, les commentateurs, les normalisateurs comptables et les organismes de réglementation comme le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) s'inquiètent de l'état actuel des régimes de retraite des entreprises canadiennes. Ils craignent que de nombreux régimes ne connaissent d'importants déficits de financement qui ne paraissent pas encore dans les états financiers des entreprises en question.
Les chiffres sont alarmants. Selon de récents rapports, presque 50 % des régimes de retraite que surveille le BSIF ont plus de passifs que d'actifs. Et 55 % de ceux-ci ont un déficit de financement de plus de dix pour cent. Il semble, selon certaines études, que le déficit de financement global des régimes de retraite publics et privés, dont le Régime de pensions du Canada (RPC), s'élève à 225 milliards de dollars. Il faudrait, pour rétablir l'équilibre, des injections de fonds annuelles pouvant s'élever jusqu'à 2 % du produit intérieur brut (PIB) du Canada pendant les 15 prochaines années.
De toute évidence, l'estimation des gains et des pertes des régimes de retraite, et des mesures correctives indiquées, n'est pas une science exacte. Comment prédire exactement la performance des marchés nationaux et internationaux des actions au cours des prochaines décennies? Pourtant, cette dépendance envers les marchés des actions est inévitable. Le récent repli des marchés boursiers a beau s'être corrigé pour l'instant, il n'en reste pas moins que les régimes de retraite se ressentent du faible rendement qu'ils ont connu ces dernières années.
La transparence est une autre question de taille. Comment évaluer avec exactitude l'état des régimes de retraite de nos entreprises? Les règles comptables actuelles le permettent-elles? Pour le moment, les PCGR canadiens permettent le recours au « lissage », c'est-à-dire qu'au lieu de faire entrer le rendement réel des actifs d'un régime de retraite dans le calcul de la situation annuelle du régime, les entreprises peuvent lisser ce rendement sur plusieurs exercices. Selon un rapport paru en mai dans le Globe and Mail, 104 sociétés de l'indice canadien S&P/TSX avaient alors des pertes non constatées de 26 milliards de dollars en tout dans leurs régimes de retraite à prestations déterminées. Le lissage peut s'avérer une mesure prudente lorsque tout va bien, mais lorsque les temps sont durs et que nous avons réellement besoin de mesures prudentes, il pourrait masquer de graves problèmes.
Au moment d'aller sous presse, le Conseil des normes comptables du Canada devait proposer de nouvelles directives sur la façon de présenter le rendement des régimes de retraite. Ces règles ne changeront rien au principe du lissage mais rendront la présentation plus transparente en améliorant l'analyse du bilan. Voilà un excellent départ.
Ne faudrait-il pas toutefois effectuer des changements plus fondamentaux? L'International Accounting Standards Board s'intéresse de près à la question du lissage, tout comme le Financial Accounting Standards Board des É.-U. Au fur et à mesure que le débat s'intensifiera et que nous serons plus nombreux à prendre conscience du problème, nous espérons que les organismes de réglementation et de normalisation prendront les bonnes décisions. Ainsi, lorsque le moment sera venu de prendre un repos bien mérité, nous saurons où nous en sommes.
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