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Comptabilité et aide humanitaire en Iraq 

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Portrait

Comptabilité et aide humanitaire en Iraq

David Pankratz, CGA, a reçu, avec sept jours de préavis, l’offre de participer à un projet d’aide humanitaire en Iraq pendant six mois. L’expérience a changé sa vie.

 

David Pankratz, CGA, a suivi une voie peu commune pour un comptable dans le cadre de son travail pour le Comité central mennonite (CCM), un organisme humanitaire actif dans 55 pays. En effet, l’an dernier, ce cheminement l’a amené de Winnipeg à Bagdad, où il a été coordonnateur des secours d’urgence du CCM en  Iraq.

Lorsqu’on songe à des travailleurs humanitaires à l’étranger, on pense habituellement au personnel médical. M. Pankratz le reconnaît. Mais qu’entend-on par « travailleur humanitaire »? Il s’agit selon lui d’une personne qui choisit de consacrer ses compétences professionnelles à l’aide humanitaire. Or, les comptables peuvent jouer un rôle important dans ce domaine. « L’aide humanitaire est un processus complexe qui exige la présentation de rapports et d’informations sur une base hebdomadaire », explique-t-il. « Il faut présenter l’information comptable en temps opportun et avec exactitude afin de déterminer les projets à entreprendre et le meilleur moment pour le faire. On doit constamment savoir si nous disposons d’assez d’argent pour acheminer des fournitures dans telle ou telle région. »

« Ma formation en comptabilité m’a servi de bien des façons en Iraq, poursuit-il. J’étais mieux préparé que je ne l’aurais cru à faire des évaluations de sécurité. La capacité de considérer les deux côtés de la médaille dans le cadre d’une évaluation de sécurité constitue un atout important puisque l’évaluation doit être fondée sur des faits. La volonté de m’assurer de l’exactitude de tous les détails, d’acquérir de l’information supplémentaire, de trier les éléments nécessaires et de ne pas prendre de décisions avant de posséder toute l’information, ce sont toutes des compétences que j’ai acquises en comptabilité et dont je me suis servi pour évaluer notre environnement de sécurité. »

Mais quelles circonstances ont mené M. Pankratz en Iraq? En 2002, il a assisté à plusieurs conférences données à Winnipeg par des travailleurs humanitaires qui avaient œuvré longtemps au Moyen-Orient. Il passait des nuits blanches à analyser les problèmes propres à cette région en essayant de trouver des solutions durables. « Le fait d’assister aux conférences a stimulé mon besoin de faire quelque chose de différent. La même semaine, j’ai remis ma démission au Westgate Collegiate », explique-t-il sans détour. « J’avais travaillé en comptabilité pendant plus de 20 ans et je ne pensais plus travailler dans ce domaine. Puis, un représentant du CCM m’a appelé pour m’offrir de participer à un projet de six mois en Iraq. En lisant la description de tâches, j’ai tout de suite constaté qu’elle avait été rédigée en fonction de mes compétences et que le travail ferait appel à mon expérience en comptabilité. »

M. Pankratz a passé la plus grande partie de son séjour à Bagdad. « Je travaillais à partir de ma chambre d’hôtel », dit-il. C’est à Hai Tareq, le quartier le plus pauvre de Bagdad, qu’il a vécu l’une de ses expériences les plus mémorables. « Nous avons fait acheminer chaque jour par camion de l’eau potable aux 50 000 habitants de Hai Tareq. C’était un sentiment incroyable de voir une telle expression de joie sur tant de visages. Ces gens vivaient une situation très difficile et avaient toutes les raisons d’être malheureux, c’était très émouvant de les voir ainsi. »

Il n’est pas surprenant que M. Pankratz ait développé un point de vue particulier de la situation générale en Iraq. « Je me demande constamment comment vont les choses en Iraq. Je suis beaucoup plus sensible au sort des gens qui subissent directement les conséquences de cette guerre et qui ne peuvent pas, comme moi, en sortir après six mois. » M. Pankratz dit avoir appris énormément des gens qu’il a rencontrés au cours de son expérience à Bagdad, aussi bien des Iraquiens, que des Américains et des Européens.

« Au moment de partir pour l’Iraq, j’avais des idées préconçues et j’étais opposé à la présence américaine dans la région, avoue-t-il. Dès mes premiers jours à Bagdad, j’ai discuté avec un soldat américain qui n’avait pas souhaité se trouver en Iraq dans le cadre d’une action militaire. Je l’ai écouté attentivement et ça m’a donné une toute autre perspective à l’égard des gens qui, selon moi, avaient des opinions différentes des miennes. Je suis maintenant beaucoup plus porté à écouter les autres. Mon séjour en Iraq a eu raison de certains de mes préjugés. Je crois être maintenant plus sensible aux autres et moins porté à les juger », affirme-t-il avec philosophie.

Parmi les ouvrages qu’il a lus en Iraq, M. Pankratz mentionne la volumineuse History of The World des éditions Penguin et La richesse des nations d’Adam Smith. Il connaît suffisamment le français et l’arabe pour poser des questions au marché et demander son chemin, mais pas pour soutenir une conversation.

Dans sa jeunesse, M. Pankratz voulait devenir physicien. Cependant, ses parents l’ont inscrit à un petit collège biblique au Manitoba où il a découvert sa passion pour la linguistique et les études culturelles. Il a obtenu un baccalauréat ès arts de l’Université de 1980. « Mais j’ai rapidement constaté qu’il me faudrait un doctorat pour faire carrière en linguistique. » Cela ne semblait pas être sa voie et, comme beaucoup de nouveaux diplômés, il s’est demandé ce qu’il pouvait bien faire ensuite.

Chose certaine, il devait agir. Il a acheté un journal, un habit et une cravate, et a pris d’assaut les offres d’emploi. « Après de nombreuses entrevues, j’ai décidé d’entreprendre une carrière en comptabilité. » Plusieurs raisons motivaient son choix. « À mes yeux, la comptabilité, comme la physique et la linguistique, exige des aptitudes en matière de résolution de problèmes, et j’ai toujours aimé ce type d’exercice. J’ai constaté également que des compétences en comptabilité me serviraient partout et en tout temps; rien ne m’empêcherait d’accrocher un panneau à ma porte pour offrir des services de préparation de déclaration de revenus et de tenue de livres. »

« J’ai commencé le programme de formation des CA, mais je me suis bien vite rendu compte que la vérification ne m’intéressait pas. Je me suis alors tourné vers le programme des CGA. J’étais très heureux de ce changement parce que ce dernier m’offrait une plus grande souplesse et portait sur des notions qui m’intéressaient vraiment. » Après avoir obtenu son titre en 1990, il a participé aux activités de CGA-Manitoba, notamment en siégeant pendant plusieurs années au comité de perfectionnement professionnel.

De 1983 à 1990, M. Pankratz a travaillé au Collège Providence de Winnipeg à titre de comptable. Mais durant ses études en vue d’obtenir le titre de CGA, il s’est intéressé de plus en plus au développement international. Il a décidé de quitter son emploi au collège, sans avoir de projets précis. Puis il a vu l’annonce pour un poste de comptable au CCM, a obtenu le poste et est devenu le contrôleur de l’organisme, dont il devait gérer le budget de 20 millions $ US. En outre, il était responsable de l’établissement de systèmes comptables intégrés à l’échelle nationale et de l’élaboration des politiques en matière de finance et de réglementation.

Durant cette période, il a également travaillé pour Dix mille villages, un programme visant la vente de produits d’artisanat du tiers monde en Amérique du Nord. Il a été frappé par les profondes différences de fonctionnement qu’il a relevées dans le secteur des organismes de bienfaisance. Il a participé à la transition d’un conseil composé de bénévoles sans expérience en affaires à un conseil composé de plusieurs gens d’affaires. « J’ai vraiment apprécié le fait de pouvoir présenter le point de vue du milieu des affaires afin d’entraîner des changements positifs. »

Le projet en Iraq n’était pas la première expérience de travail à l’étranger de M. Pankratz. En 1996, il est allé en Zambie avec son épouse, Jan, et y a fait du bénévolat pendant trois ans. « À l’époque de notre mariage, en 1986, nous avons décidé d’aller travailler à l’étranger 10 ans plus tard, quoi qu’il arrive. » Le moment venu, ils ont respecté leur engagement et se sont rendus en Afrique. « Nous étions tous les deux à la mi-carrière. Si nous ne nous étions pas fixé ce but des années plus tôt, je ne crois pas que nous serions partis », explique M. Pankratz. En Zambie, il a fourni de l’aide à des potiers et à des fermiers, en plus de parrainer plusieurs organismes de bienfaisance. À leur retour au Canada, M. Pankratz a travaillé sur une base contractuelle pour le CCM afin de fournir de l’assistance sur des questions d’ordre fiscal relativement à des projets à l’étranger. Entre 2000 et 2003, il a effectué plus de 40 vérifications en Amérique centrale, en Afrique et au Moyen-Orient.

Aujourd’hui, M. Pankratz s’occupe de la comptabilité de l’entreprise en pleine croissance de son épouse, dans le domaine de la résolution de conflits, et donne deux à trois conférences par semaine dans les écoles, les églises ou devant des groupes communautaires. Il consacre aussi du temps à la rénovation de la maison patrimoniale que le couple a acheté dans Wolseley, un quartier très connu de Winnipeg. Il prévoit commencer à l’automne le programme de M.B.A. offert en ligne par CGA-Canada et l’Université Laurentienne. « Je ne sais pas encore ce que je ferai, mais j’ose croire que, comme par le passé, mon expérience en comptabilité me mènera vers des projets intéressants », dit-il d’un ton songeur. Nul doute qu’elle l’entraînera de nouveau hors des sentiers battus afin d’aider d’une façon ou d’une autre à améliorer la vie des gens dans le besoin.

Aide fournie par le CCM en Iraq

Pour fournir de l’aide en Iraq, le CCM a collaboré avec d’autres organismes non gouvernementaux, principalement des organismes européens, qui embauchaient un grand nombre d’Iraquiens. Le CCM a fourni du matériel pour une valeur d’environ 6 millions $ CA, notamment :

  • 60 000 trousses d’hygiène personnelle composées de serviettes, de savon et de dentifrice pour une famille de quatre personnes;
  • 40 000 trousses destinées à des élèves d’écoles primaires;
  • 100 000 boîtes de bœuf en conserve de 28 onces, préparées par des bénévoles au Canada;
  • des vêtements et des souliers pour enfants;
  • des couvertures;
  • du lait de soja.

L’organisme a consacré la somme totale de 1 million $ CA à des projets, ce qui a permis de fournir :

  • de l’eau potable sur une base quotidienne à une population de 50 000 personnes;
  • des médicaments pour subvenir pendant trois mois aux besoins de 12 000 patients iraquiens souffrant de tuberculose;
  • de l’aide à une résidence pour femmes handicapées;
  • de l’équipement à un hôpital psychiatrique qui avait été pillé;
  • des fonds pour la neutralisation de munitions explosives;
  • des services de coordination de projets d’aide humanitaire à Bagdad;
  • des fonds pour la tenue d’un séminaire à l’intention des membres du secteur naissant des organismes de bienfaisance en Iraq;
  • des fonds pour la restauration du laboratoire d’un hôpital pour enfants et d’une école.
Mission du CCM à l’étranger

Les personnes intéressées à offrir leurs services au Comité central mennonite (CCM) doivent présenter une description de leur projet en matière de maintien de la paix. Les bénévoles du CCM travaillent à soulager la souffrance humaine et à favoriser la justice sociale par la réconciliation. Le CCM a mis sur pied une variété de programmes de maintien de la paix.

Au Moyen-Orient, des bénévoles du CCM aident les gens qui ont perdu leur maison et leurs biens dans le conflit qui secoue la région. Les bénévoles veillent quotidiennement à contrer les stéréotypes entretenus au Moyen-Orient à l’égard des Occidentaux et constatent d’eux-mêmes le caractère non fondé des stéréotypes entretenus en Occident à l’égard des gens du Moyen-Orient.

Depuis 1980, le CCM a appuyé de nombreux programmes de règlement de conflits. À l’échelle internationale, les bénévoles du CCM dans le domaine de la médiation aident les partenaires locaux à sensibiliser à la conciliation les populations aux prises avec la guerre ou avec les répercussions de la guerre. Grâce au soutien du CCM, des églises d’El Salvador, du Nicaragua, du Mozambique et du Libéria parrainent des ateliers en vue d’aider les communautés à se remettre du traumatisme causé par la guerre. Le CCM fournit également de l’aide aux personnes qui parcourent le monde pour faire de la médiation et encourager les parties à régler leurs conflits par la discussion plutôt que par la guerre. Les travailleurs recherchent constamment des moyens de comprendre tous les enjeux des conflits dans le contexte culturel où ils se trouvent.


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