Protrait
La soif de savoir
Vern Krishna, FCGA, ajoute le prix John-Leslie à une liste inégalée de réalisations.
TIRÉ DU NUMÉRO : JUILL.-AOÛT 2006 | PAR ALISON ARNOT
Pour les professionnels de la comptabilité et du droit qui se tiennent au courant des dernières nouveautés en matière de droit fiscal et de fiscalité internationale, le nom de Vern Krishna est bien connu. M. Krishna, C.M., c.r., LL.D., FCGA, a largement contribué aux domaines de la comptabilité et du droit grâce aux nombreux livres qu'il a écrits sur la fiscalité, aux chroniques qu'il signe régulièrement dans le National Post et le Bottom Line, à ses activités d'enseignement et de recherche à l'Université d'Ottawa, à sa pratique du droit à Borden Ladner Gervais s.r.l., et au rôle de premier plan qu'il a joué au Barreau du Haut-Canada, à CGA-Ontario et à CGA-Canada.
« Comme la plupart des professionnels, je travaille beaucoup. La seule différence est que je travaille beaucoup... à beaucoup de choses plutôt qu'à une seule, souligne M. Krishna. Je mène une vie éclectique que j'adore. J'ai l'immense privilège de pouvoir choisir mon travail. »
En reconnaissance du travail exceptionnel de M. Krishna à l'avancement de deux professions, CGA-Canada lui a décerné le prix John-Leslie pour 2006. L'Association a instauré ce prix en 1988 en l'honneur de son président et fondateur John Leslie, qui a été vice-président, Finance, au Chemin de fer Canadien Pacifique. Le prix John-Leslie est remis une fois l'an, mais pas nécessairement tous les ans, à un membre qui s'est distingué par ses services exceptionnels à l'échelle nationale. M. Krishna a reçu ce prix lors d'un dîner spécial qui coïncidait avec la réunion du Conseil d'administration de juillet 2006, à Montréal.
« Ce prix est tombé du ciel. Je ne me doutais de rien, s'étonne M. Krishna. J'ignorais que j'avais été mis en nomination. J'ai simplement ouvert la lettre de CGA-Canada et, évidemment, j'ai été agréablement surpris. »
C'est Rodney Goetz, CGA, qui a travaillé avec M. Krishna au sein de plusieurs comités de CGA-Ontario, qui a soumis la candidature. « A-t-il besoin d'un autre prix? Peut-être pas. Mais il l'a grandement mérité », affirme M. Goetz, en ajoutant que M. Krishna avait aidé la profession et contribué au renom du titre de CGA en Ontario et dans tout le pays.
En 1989, M. Krishna a reçu le titre de FCGA et a été nommé conseil de la reine. On l'a nommé membre de la Société royale du Canada en 1992, et il a reçu le prix Ivy-Thomas décerné par CGA-Ontario en 2005. En 2004, il recevait un doctorat honorifique du Barreau du Haut-Canada et il était nommé à l'Ordre du Canada. « Seul le mot "surprise" peut décrire ce que j'ai ressenti », se rappelle M. Krishna en parlant de sa nomination à l'Ordre du Canada.
Le lauréat nous a accordé quelques minutes dans son horaire chargé pour nous rencontrer. De la salle de conférence au bureau très chic de Borden Ladner Gervais, à Ottawa, la vue sur la Colline du Parlement est spectaculaire. M. Krishna lui tourne toutefois le dos pour ne pas être aveuglé par le soleil. L'homme s'exprime lentement et clairement, avec l'éloquence de celui qui a l'habitude d'être pris au sérieux.
M. Krishna possède ses lettres de créance en comptabilité et en droit, mais c'est surtout un avocat qui exerce le droit fiscal, même s'il a commencé sa carrière comme comptable. Il avait à peine 16 ans lorsqu'il a quitté l'Inde pour l'Angleterre, où il a étudié la comptabilité et l'économie à l'université de Manchester. Muni d'un baccalauréat en commerce, il a travaillé comme comptable à la Ford Motor Company, en Angleterre. Puis, une rencontre fortuite a changé le cours de sa vie.
« Dans un pub londonien, j'ai rencontré quelqu'un qui parlait de façon élogieuse du Canada et ça a capté mon attention », explique-t-il. À l'âge de 20 ans, M. Krishna était célibataire et n'avait aucune attache, alors il a émigré au Canada « en quête d'aventure ». Il s'est retrouvé à Edmonton, où il a obtenu un M.B.A. à l'université de l'Alberta en 1969, et où il a rencontré son épouse Linda, avec qui il vit depuis 30 ans. Linda et lui vivent maintenant à Ottawa avec leur fils de 20 ans, Sacha. Leur fille Nicola, 25 ans, étudie à Toronto.
Vern Krishna est CGA depuis 1971. Il a enseigné la comptabilité à l'université de l'Alberta pendant cinq ans, puis il a encore changé d'orientation. À 28 ans, il a décidé d'étudier le droit, toujours à l'université de l'Alberta, « pour plusieurs raisons, dit-il. Primo, j'ai toujours adoré le droit. Secundo, j'étais fasciné par le droit fiscal, qui combine le droit, la finance et la comptabilité. »
Sa soif insatiable de savoir l'a ensuite mené à Harvard, où il a réalisé une maîtrise en droit en 1975, et de nouveau en Angleterre en 1986, où il a obtenu un diplôme en droit comparé à l'université de Cambridge.
Aujourd'hui, son horaire est pour le moins varié, même s'il passe la moitié de son temps à l'Université d'Ottawa et l'autre à Borden Ladner Gervais. « Si je suis au beau milieu d'un procès, alors j'y consacre tout mon temps, précise-t-il. Durant l'année universitaire, j'enseigne. Je suis donc à l'université régulièrement. »
M. Krishna enseigne le droit fiscal, la fiscalité internationale et la finance d'entreprise, et il enseigne aux étudiants en droit de l'Université d'Ottawa comment interpréter les états financiers. Il a aussi donné des cours du programme de commerce et de M.B.A. pour gens d'affaires, mais pas sur une base régulière. « J'ai de moins en moins de temps libre, admet-il. Je ne peux pas faire toutes les choses que j'aime de front, donc je les fais sporadiquement. »
M. Krishna consacre beaucoup de temps à l'écriture. Il s'est entendu avec l'éditeur juridique LexisNexis Canada pour rédiger plusieurs livres, basés principalement sur ses imposantes recherches en fiscalité et en fiscalité internationale. Il est aussi éditeur en chef de Canadian Current Tax, Canada's Tax Treaties et Ontario Law Reporter, publiés aux éditions Butterworths, une division de LexisNexis.
Il signe des chroniques régulières dans le National Post et The Bottom Line. « Ce sont des chroniques agréables à préparer, dit-il. Cela ne signifie pas pour autant qu'elles sont simples à écrire. En fait elles le sont, mais d'une autre façon. Écrire simplement et clairement prend beaucoup de temps, tandis qu'il est très facile d'écrire des trucs compliqués... C'est extrêmement difficile de comprimer toute l'information en à peu près 800 mots, tout en s'assurant de transmettre l'essentiel... C'est ce que je trouve stimulant. » Il précise que même si les lecteurs de ses chroniques sont intelligents, ils ne connaissent pas nécessairement les sujets dont il parle. Il adore vulgariser l'information très technique pour la rendre accessible à un plus vaste public.
Cette passion se retrouve dans son enseignement. « Enseigner, c'est prendre un sujet très complexe et essayer de l'expliquer en le réduisant à ses principes fondamentaux », explique-t-il.
Son approche des litiges va dans le même sens. « Ce qu'on fait en cour, c'est renseigner un juge pour l'amener à son point de vue. C'est très semblable à ce qui se fait en classe — le côté explication —, sauf que les circonstances sont différentes. »
En 1998, le travail d'enseignant universitaire de M. Krishna l'a ramené à Harvard, où il a été chercheur invité en fiscalité internationale. Il a fait des recherches sur ce sujet, l'a enseigné, et est retourné à Harvard plusieurs années par la suite pour donner des conférences.
Il est également chercheur au Centre de recherche en fiscalité des CGA, à l'Université d'Ottawa. En tant que directeur général du Centre, il publie des articles au nom du Centre mais il coordonne aussi le travail des autres, évalue les projets de recherche, gère le budget du Centre et s'occupe de son administration. « J'essaie principalement de garder le Centre sur les rails », dit-il.
En plus de s'acquitter de ses responsabilités au Centre, M. Krishna a consacré bénévolement beaucoup d'heures à l'Association. Il a été président du Conseil de CGA-Ontario en 1995-1996, président du Comité de discipline, vice-président du Comité de déontologie, membre du Comité de la formation et du Comité d'analyse de la législation, et délégué de l'Ontario au Comité national de la formation.
Ses contributions au monde du droit sont également très importantes. Pendant qu'il était trésorier, un terme qui désigne traditionnellement la fonction de président du Barreau du Haut-Canada (2001 à 2003), M. Krishna a joué un rôle majeur dans la mise en œuvre de changements appréciables dans deux domaines.
Il a engagé la réforme du processus d'admission au Barreau de l'Ontario, qui a permis d'abréger le programme et d'en modifier le contenu et l'approche. Le nouveau programme, qui a accueilli ses premiers participants en 2006, comporte trois grandes composantes — un examen pour les avocats plaidants, un examen pour les procureurs et une formation de cinq semaines en responsabilité professionnelle. « Au lieu d'interroger une personne sur six différents sujets, la nouvelle approche fait davantage appel à l'intégration. Le droit fiscal, par exemple, ne fonctionne pas isolément. Il touche les opérations familiales, immobilières et commerciales, ainsi que les opérations relatives aux sociétés et autres. Il est donc plus logique de procéder par intégration. »
La deuxième réalisation de M. Krishna lorsqu'il était à la tête du Barreau — ce qu'il appelle sa « pièce de résistance » — a été son travail de négociation en faveur de la mobilité des avocats au pays. « Les provinces dressaient entre elles des barrières qui n'avaient plus beaucoup de sens au 21e siècle , puisque tous les autres pays abaissaient les leurs, dit-il. Les gens voyagent de plus en plus et font des affaires partout dans le monde et pourtant, dans notre pays, il y avait une foule d'obstacles entre les différents barreaux. Depuis décembre 2002, les avocats sont libres de circuler afin d'exercer le droit dans presque toutes les provinces canadiennes. »
« Nous voyons cela dans tellement d'autres domaines », ajoute M. Krishna, en parlant particulièrement de l'administration des valeurs mobilières et de la comptabilité, domaines dans lesquels des comptables titulaires d'un titre professionnel ne peuvent exercer l'expertise comptable dans certaines provinces.
Vern Krishna a 62 ans mais il ne pense pas à la retraite. « J'aime ce que je fais, dit-il. Je ne travaille pas à contrecœur. Ça fait une grande différence. »
Son prochain objectif est d'apprendre l'italien. « J'adore l'Italie et j'essaie d'y aller chaque année », admet-il. Ces voyages s'ajoutent à ses visites régulières en Inde. Il aime faire la cuisine et espère cultiver cette passion dans les années à venir, en plus du goût qu'il s'est récemment découvert pour l'opéra.
Lorsque ses engagements à écrire des manuels seront terminés, il aimerait écrire des livres centrés sur les principes fondamentaux plutôt que sur les détails techniques. « De petits ouvrages. Essayez d'écrire un livre de 150 pages sur les conventions fiscales internationales! Les petits ouvrages sont les plus importants, dit-il. Voilà ce que je veux faire maintenant. »
Il y a fort à parier que M. Krishna n'aura probablement jamais de mal à trouver quelque chose à faire...
|
Vern Krishna en bref
Formation
| 1953 |
– |
Baccalauréat en commerce, université de Manchester |
| 1969 |
– |
Maîtrise en administration des affaires, université de l'Alberta |
| 1971 |
– |
Titre de CGA, Ontario |
| 1974 |
– |
Baccalauréat en droit, université de l'Alberta |
| 1975 |
– |
Maîtrise en droit, université Harvard |
| 1986 |
– |
Diplôme en droit des sociétés comparé, université de Cambridge |
Distinctions honorifiques
| 1989 |
– |
Titre de conseil de la reine |
| 1989 |
– |
Titre de FCGA, CGA-Canada |
| 1992 |
– |
Membre de la Société royale du Canada |
| 2004 |
– |
Doctorat honorifique, Barreau du Haut-Canada |
| 2004 |
– |
Membre de l'Ordre du Canada |
| 2005 |
– |
Prix Ivy-Thomas, CGA Ontario |
| 2006 |
– |
Prix John-Leslie, CGA-Canada |
Actions civiques et affiliations
1983 à maintenant |
– |
Directeur exécutif, Comité national sur les équivalences des diplômes de droit, Fédération des ordres professionnels de juristes du Canada |
| 1988 |
– |
Membre, Section nationale des taxes de vente et à la consommation, Association du Barreau canadien |
| 1991 à 1994 |
– |
Arbitre, Commissions d'enquête, Commission ontarienne des droits de la personne |
| 1994 à 1997 |
– |
Commissaire, Commission des valeurs mobilières de l'Ontario |
| 1997 à 1999 |
– |
Membre, Comité consultatif des appels, ministère du Revenu |
1991 à maintenant |
– |
Conseiller élu, Barreau du Haut-Canada |
| 2001 à 2003 |
– |
Trésorier, Barreau du Haut-Canada |
| 2005 |
– |
Président, Comité sur la nomination des juges, Fédération des ordres professionnels de juristes du Canada |
2005 à maintenant |
– |
Membre, Conseil des experts-comptables de la province de l'Ontario |
Services rendus aux CGA
| 1981 à 1984 |
– |
Membre, Comité de la formation |
| 1983-1984 |
– |
Membre, Comité d'analyse de la législation |
| 1985-1986 |
– |
Vice-président, Comité de déontologie |
| 1985 à 1987 |
– |
Président, Comité de discipline |
| 1987 |
– |
Délégué de l'Ontario, Comité national de la formation |
| 1985 à 1994 |
– |
Membre, Conseil de CGA-Ontario |
| 1995-1996 |
– |
Président, Conseil de CGA-Ontario | |
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Alison Arnot est rédactrice-réviseure à la pige, à Ottawa.