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Un pas en avant pour les Premières nations 

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Un pas en avant pour les Premières nations

CGA-Canada et l’Association des agents financiers autochtones du Canada encouragent les jeunes Autochtones à devenir des leaders dans leurs collectivités.


Si Racine Johnson était responsable de son village d’Akwesasne, en Ontario, une collectivité mohawk située sur les rives du Saint-Laurent, elle ferait bouger les choses. C’est certain. Elle améliorerait l’hôpital de la région, créerait des emplois et améliorerait le logement pour les 13 000 membres de la bande habitant l’agglomération, et favoriserait la création, par les siens, de commerces indépendants. Son peuple, dit-elle, se bat depuis longtemps pour acquérir les ressources et la confiance nécessaires pour se lancer en affaires. « Je ferais de leurs rêves une réalité », dit-elle.

Cette étudiante de 18 ans a fait un pas dans cette direction l’hiver dernier lorsque l’essai qu’elle a rédigé, How I’d Make a Difference, lui a valu d’être invitée à la remise des prix du premier congrès annuel des jeunes Autochtones sur la gestion financière, qui a eu lieu dans le cadre du congrès de l’Association des agents financiers autochtones du Canada (AAFA), à Vancouver, en février. Elle y a rencontré des personnes pouvant l’aider dans ses projets de carrière. C’est d’ailleurs un des objectifs principaux de l’AAFA, une association sise à Ottawa et dont la mission est d’aider les Autochtones à gouverner leurs collectivités et leurs organismes grâce à l’amélioration de leurs pratiques et de leurs compétences en finance et en gestion.

Un premier pas

En huit années d’existence, l’AAFA a beaucoup fait pour la gestion financière autochtone au pays. Plus que jamais, les Premières nations sont en position pour prendre les décisions qui les concernent et prouver aux leurs que leurs administrations sont responsables, et que le gouvernement fédéral se responsabilise envers les Premières nations. Citons à cet égard la Loi sur la gestion financière et statistique des Premières nations, qui leur donne accès à du capital privé à long terme, à taux préférentiels. Cette mesure a contribué à la construction de routes et de canalisations d’eau, et à la réparation d’égouts.

Les gouvernements provinciaux font aussi des efforts. Ainsi, dans le but de réduire l’incertitude, les litiges et les conflits dans les activités de gestion financière provinciales, la Colombie-Britannique a lancé le programme New Relationship. Dans le cadre de ce programme, le gouvernement rencontre les administrations des Premières nations pour aborder de façon constructive les préoccupations autochtones, en adoptant des principes d’ouverture, de transparence et de collaboration fondés sur le respect et la reconnaissance des droits et des titres ancestraux des Autochtones.

Selon la directrice des programmes et services de l’AAFA, Suzanne Seebach, les Premières nations ont besoin depuis longtemps d’un titre professionnel comptable distinct. « Pour des raisons culturelles », dit-elle. Après tout, les réalités financières autochtones sont indéniablement différentes. Par exemple, un décès dans une collectivité autochtone est un événement souligné de façon très solennelle. Une entreprise fermera pour les funérailles, et personne ne s’étonnera si toute une communauté suspend ses activités par respect pour le défunt. Autre exemple, les administrations de bandes de certaines collectivités seront fermées pendant la saison de la chasse ou lors d’activités de rassemblement.

GFAA, un titre à part

L’AAFA, en collaboration avec CGA-Canada, a créé un programme d’études menant au titre de gestionnaire financier autochtone accrédité (GFAA). Ce programme est élaboré à partir des niveaux 1 à 3 du programme d’études des CGA. Une fois leur titre en main, les CFAA peuvent être admis directement en 4e année du programme d’études des CGA. « Ce titre est une excellente chose, croit la vice-présidente de la formation et de l’administration générale de CGA Canada, Lynda Carson. Il est le fruit d’une collaboration longue et mutuellement profitable. »

Selon le directeur, Services professionnels à CGA-Canada, Cameron Mackenzie, « il s’est établi une relation très fructueuse et dynamique entre nous. Nous prévoyons que de nombreux GFAA continueront leurs études en vue d’obtenir également le titre de CGA. »

L’AAFA offre aussi des séminaires et des ateliers : perfectionnement professionnel, activités de réseautage, ateliers axés sur les questions administratives propres aux Premières nations. Par exemple, l’AAFA aborde la question de la vérification annuelle du point de vue des Premières nations. « Nous allons assez souvent dans les collectivités autochtones rencontrer le chef du conseil de bande et les principaux administrateurs, pour leur montrer en quoi consistent les rapports et les budgets dans ce contexte, dit la vice-présidente de l’AAFA de la Colombie-Britannique, Elona Ewing, CGA. Nous passons quelque temps avec eux et ils en viennent à comprendre à quoi devraient ressembler leurs états financiers de fin d’exercice. »

D’après Mme Ewing, cette attention portée aux détails a contribué au changement de perception, chez les professionnels qui travaillent dans les collectivités autochtones, à l’égard de la gestion financière. « Ils disposent maintenant d’une association reconnue à laquelle ils peuvent s’adresser pour des questions de gestion financière. Ils ont un réseau. Ça fait toute la différence. »

En tout, l’AAFA représente quelque 1 250 Autochtones canadiens s’occupant de gestion financière dans leurs collectivités. Ils viennent de tout le Canada – Skidegate, Haida Gwaii, à l’ouest; Glenwood, Terre-Neuve-et-Labrador, à l’Est; Carcross, Yukon, au nord... Ce qui les lie, c’est leur engagement à l’égard de l’excellence en finance et en gestion. Les membres de l’AAFA sont des leaders dans leurs collectivités et au sein d’organisations autochtones. L’AAFA est le seul organisme au Canada qui axe ses activités sur les capacités de développement et les besoins quotidiens des professionnels autochtones de tous les secteurs de la finance et de la gestion. C’est la première manifestation visible du projet de responsabilisation de CGA-Canada et de l’Assemblée des Premières nations, formé en 1998 dans le but de jeter les bases de l’autonomie gouvernementale des Premières nations et d’établir de nouvelles relations fiscales entre elles et le Canada.

Orientations futures

Parmi les réalisations les plus notables de la toute nouvelle AAFA, citons la création d’une section qui reconnaît le rôle de la prochaine génération dans la gestion financière efficace des collectivités autochtones canadiennes. Les recherches ont démontré que relativement peu de jeunes Autochtones se sont lancés en gestion financière ces cinq dernières années, et qu’il faut se mobiliser pour leur donner le goût de faire carrière en finance ou en administration. « C’est ce que l’AAFA tente de faire, dit Mme Carson. Dans les collectivités autochtones, le manque de gestionnaires financiers qualifiés est criant. Nous devons travailler ensemble pour encourager les jeunes à s’orienter vers la gestion financière. Nous mettons des connaissances à leur disposition, mais il faut également éveiller l’intérêt d’un plus grand nombre de jeunes. »

À cette fin, l’AAFA offre des bourses aux étudiants qui veulent faire des études menant au titre de GFAA. Ces bourses permettent de payer les cours de l’AAFA et la participation à divers congrès. En outre, l’AAFA a créé, l’an dernier, une section destinée aux jeunes et aux étudiants autochtones en collaboration avec Grant Thornton, s. r. l. Cet événement a été couronné par la remise des prix du congrès annuel des jeunes autochtones sur la gestion financière.

L’AAFA a invité les étudiants de 11e et 12e années ayant réussi et désirant entreprendre des études postsecondaires en finance ou en gestion, à lui soumettre un texte de 1 500 mots disant comment, s’ils étaient responsables de leur  collectivité, ils feraient bouger les choses. Les trois gagnants ont été invités au congrès de Vancouver. Ils y ont côtoyé quelque 700 dirigeants autochtones d’expérience, tous épris d’un sentiment de détermination et d’accomplissement, désireux d’inspirer les jeunes participants et de les pousser vers une carrière en gestion financière. « Nous leur avons dit à quel point c’est une carrière stimulante et quelles sont les perspectives pour ceux et celles qui choisissent la gestion financière, dit Mme Carson. Nous avons voulu éliminer l’image du comptable enfoui dans les chiffres, dans un coin reculé du bureau! »

Selon Mme Ewing, « il est important de pouvoir se présenter non seulement comme un comptable, mais comme un comptable autochtone. Il faut multiplier les occasions d’obtenir la reconnaissance dont nous avons besoin. En ce sens, le partenariat que nous avons établi avec CGA-Canada est magique », dit-elle. Comme Racine Johnson, Jordan Scott, un élève de 18 ans de l’école secondaire Children of the Earth, à Winnipeg, a pu vivre une telle expérience. Jordan était un des trois heureux gagnants qui ont participé à cette grande première (avec Justin Stevens, de la bande d’Eskasoni, en Nouvelle-Écosse). Pour ce jeune Ojibway, cette expérience lui a permis de mieux cerner ce qu’il voulait faire plus tard. Il souhaite faire carrière en gestion financière parce que c’est selon lui une part vitale des affaires, et parce que c’est la solution qu’attendent les collectivités qui luttent pour leur survie. Il a de plus un intérêt personnel à l’égard de la finance, puisqu’il aimerait devenir entrepreneur. « Et je ne peux y arriver sans tout savoir à ce sujet », affirme-t-il.

Dans son essai, Jordan parle de l’abus de drogues et d’alcool, de la pauvreté et du taux de criminalité. Il estime que pour résoudre ces problèmes chroniques, il faut centrer ses efforts sur les enfants.

« C’est par les enfants qu’on rejoint une collectivité, dit-il, et si on peut enseigner aux enfants, on peut enseigner à tout le monde. »

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