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TIRÉ DU NUMÉRO : SEPT.-OCT. 2007 | PAR LAURA PRATT La sérénité d’une forêt, le losange vert des randonneurs et le titre, en vert, naturellement. Dès le premier coup d’œil, le rapport Marquer notre route annonce ses couleurs : authentique, informatif… et primé.
Le rapport aux membres de 2005 de Mountain Equipment Co-op a mérité, ex-æquo avec Green Mountain Coffee Roasters du Vermont, la 1re place dans la catégorie du meilleur premier rapport sur la durabilité, un prix décerné par Ceres et l’ACCA (avec laquelle CGA-Canada a conclu récemment une entente de reconnaissance mutuelle - la première entre cet organisme comptable londonien et un organisme comptable nord-américain.)
« Il faut avant tout établir des indicateurs et les objectifs que vous souhaitez atteindre », explique Tim Southam, le directeur des communications de Mountain Equipment, une coopérative qui vend au détail des produits pour le plein air. L’entreprise vancouvéroise compte plus de 2,5 millions de membres dans 192 pays. « En faisant rapport sur ces indicateurs dans les prochaines années, nous saurons si nous avons réussi. De nombreuses entreprises procèdent ainsi. »
Huit sociétés canadiennes se sont retrouvées parmi les 19 sociétés retenues par Ceres et l’ACCA; le concours avait attiré un nombre record de 102 participants du Canada, des États-Unis et du Mexique. C’est d’ailleurs la coopérative de crédit canadienne Vancity Group of Companies qui a remporté le grand prix accordé au meilleur rapport sur le développement durable.
Ceres, un regroupement américain national formé de 85 investisseurs, organismes environnementaux et groupes de défense de l’intérêt public se consacrant au développement durable, a été fondé à la suite du déversement de l’Exxon Valdez, les investisseurs de cette société exigeant que les entreprises fournissent plus d’informations et s’engagent davantage à l’égard de la protection de l’environnement. L’organisme bostonien a entrepris de favoriser un changement radical qui permettrait aux investisseurs et aux citoyens préoccupés par les questions environnementales et sociales d’évaluer objectivement la performance des entreprises. Chaque année, les 14 juges du concours produisent un rapport dans lequel on relève les éléments dignes de mention.
« Ce rapport porte ces éléments à l’attention d’un plus vaste auditoire, explique la directrice de la reddition de comptes de Ceres, Brooke Barton, et, nous l’espérons, monte la barre un peu plus chaque année. »
Une tendance alimentée par les pairs
L’information sur la durabilité est une tendance nouvelle qui s’est amplifiée ces dernières années. Selon un sondage effectué en 2004 par CGA-Canada, le nombre de sociétés à l’échelle mondiale qui font rapport sur la durabilité est passé de moins de 100 en 1993 à plus de 1 500 en 2003. Une étude récente réalisée par KLZ, une entreprise de recherche en placements éthiques, révélait qu’aujourd’hui les professionnels comptables de 50 % des 500 sociétés du S&P aux États-Unis participaient régulièrement à la production de rapports de ce type. La tendance se confirme à mesure que les dirigeants constatent que ces rapports stimulent la confiance des clients et des investisseurs, et témoignent d’une transparence envers les actionnaires.
Nombre de facteurs alimentent ce mouvement, explique le conseiller principal, Affaires publiques et communications à l’ACCA, Paul Costello. Le milieu des affaires reconnaît de plus en plus qu’il faut faire preuve de transparence et fournir plus d’informations. Cette nouvelle réalité, d’abord observée dans les administrations publiques et les agences gouvernementales, a été ensuite constatée dans le secteur privé chez les gens d’affaires qui reconnaissaient l’utilité de présenter des informations basées sur des indicateurs supplémentaires.
Depuis, des précédents et des attentes ont pris forme. « Je crois que l’augmentation du nombre de ces rapports crée une pression, ajoute M. Costello. Un nombre croissant de sociétés voient les avantages financiers de se préoccuper d’actionnaires de plus en plus intéressés par les questions non financières ».
« Et pourquoi pas? demande l’auteur de The Triple Bottom Line, Andrew Savitz, un ancien associé de PricewaterhouseCoopers responsable des services sur le développement durable. Beaucoup d’entreprises commencent à réaliser qu’on peut transformer les responsabilités en occasions. »
Selon Mme Barton, les exigences des investisseurs s’accroissent. Le nombre d’investisseurs activistes et socialement responsables a augmenté ces dernières années avec les caisses de retraite qui demandent aux entreprises de fournir des informations plus détaillées sur leur performance et leur stratégie en matière de questions sociales et environnementales.
Les débuts
La notion de durabilité a vu le jour en 1987, année où la Commission mondiale sur l’environnement et le développement (la Commission Brundtland) a lancé l’expression « développement soutenable ». Présidée par l’ancienne première ministre de la Norvège, Gro Harlem Brundtland, la Commission Brundtland avait pour tâche de réagir aux craintes grandissantes concernant la détérioration de l’environnement humain et des ressources naturelles, et les conséquences de cette détérioration pour le développement économique et social. L’organisme définit alors le développement durable comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».
Quelques 12 années plus tard, l’indice Dow Jones présentait une définition de nature plus micro-économique : la façon dont les entreprises maximisent la valeur pour les actionnaires en tenant compte des aspects environnementaux et sociaux et des préoccupations des actionnaires.
Les professionnels comptables concernés doivent trouver comment présenter des résultats financiers respectueux des nouveaux paramètres, tout en tenant compte d’exigences et de coûts toujours plus importants.
Malgré les difficultés, les comptables semblent adopter cette tendance. En 2003, Stratos Inc. rapportait que le Canada avait une longueur d’avance sur des pays comme l’Australie et l’Allemagne. La moitié des quelque 3 000 sociétés inscrites à la Bourse de Toronto et à la Bourse de croissance TSX sondées par CGA-Canada en 2004 fournissaient une information sur leur performance au plan social ou environnemental. La somme de renseignements fournis est également importante; 18,4 % des sociétés produisaient un rapport détaillé sur la durabilité alors que 5 % environ consacraient annuellement plus de 100 000 $ à la présentation d’informations sur la durabilité.
Selon l’étude, à mesure que progresse cette pratique, le nombre de sociétés qui présentent ce type de rapport, la qualité des informations et le type d’informations fournies augmentent. Entre 1993 et 2003, l’information, qui était présentée essentiellement en version imprimée, a migré vers le Web.
Malgré tout, l’information sur la durabilité en est à ses débuts et, pour citer M. Savitz, « elle est en pleine évolution ». Tout comme on demande aujourd’hui aux sociétés de protéger l’environnement et de s’assurer que leurs produits sont sûrs, on veut que les comptables intègrent à l’information financière les informations sur la durabilité. Les comptables se montrent d’ailleurs à la hauteur en se familiarisant avec les lignes directrices pertinentes et en élaborant des systèmes internes d’information de gestion pour évaluer et présenter la performance non financière.
Ils commencent aussi à se préoccuper de questions comme l’utilisateur, le contenu, la taille, la fréquence, le support, la rentabilité des rapports sur la durabilité de même que la crédibilité, la comparabilité et l’uniformité. Cependant, les professionnels comptables se voient confrontés à des problèmes pratiques. Selon M. Savitz, le coût et la surcharge d’information sont les deux principales raisons qui empêchent les entreprises de produire des rapports sur la durabilité. Une foule de grandes sociétés n’a pas encore fait le saut et la plupart des petites tergiversent. Vraisemblablement, à mesure que les lignes directrices, les pratiques et les exigences des parties prenantes évolueront, il en ira de même du nombre, de la qualité et de l’utilité des rapports sur la durabilité.
Incidence à l’échelle mondiale
Ceres et l’ACCA ont participé à la mise en place de la Global Reporting Initiative (GRI), dans laquelle de nombreuses personnes voient l’avenir de l’information des sociétés. Dirigée par Ceres en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement, la GRI a été fondée en 1997 en vue d’élaborer des lignes directrices applicables mondialement à l’information sur la performance des sociétés, des administrations publiques et des organismes non gouvernementaux en matière d’économie, d’environnement et des sociétés.
Ces lignes directrices, publiées d’abord sous forme de projet en 1999, portent sur un triple résultat net qui englobe les questions économiques, environnementales et sociales; elles constituent un premier cadre mondial pour une information détaillée sur la durabilité. Trois ans plus tard, la GRI est devenue un organisme permanent, indépendant et international doté d’une structure de gouvernance regroupant de multiples parties prenantes. Elle compte aujourd’hui 1 300 sociétés membres (chaque mois, près de 30 à 40 nouveaux membres s’ajoutent) qui fournissent ce genre de données au public, aux investisseurs, aux parties prenantes et aux salariés. Les normes canadiennes reproduisent exactement les lignes directrices de la GRI.
« Les sociétés canadiennes, de plus en plus nombreuses à adopter des pratiques socialement responsables et à en faire rapport, devraient envisager d’appliquer les normes de la GRI, explique la présidente du conseil d’administration de CGA-Canada, Jackie Poirier, surtout parce qu’elles permettent de présenter une information comparable et uniforme sur le développement durable. »
Dans le cas de Mountain Equipment, le rapport fait aux membres a permis de valider les efforts de la coopérative et de la conforter dans sa décision de devenir un chef de file en matière de développement durable, de questions sociales et de transparence. Selon l’équipe qui a produit le rapport, le processus a aussi permis de relever des façons d’améliorer les processus internes.
En conclusion, la production d’un rapport détaillé sur la durabilité nécessite un travail considérable, mais les exemples remarquables de pratiques à imiter se multiplient. Ceux qui s’y intéressent conviennent que l’effort est très rentable; il se traduira peut-être par l’obtention du très convoité prix Ceres-ACCA.
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