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TIRÉ DU NUMÉRO : SEPT.-OCT. 2007 | PAR DAVID PYE
Pour certains, la meilleure façon de se relaxer consiste à s’étendre avec un bon livre au bord de la piscine. Eric Boyko préfère escalader le Kilimandjaro. Ce Montréalais est l’un des jeunes entrepreneurs canadiens les plus dynamiques. À 37 ans, il a sans doute accompli davantage que la plupart des gens dans une vie. À l’âge de 30 ans, il a profité de la frénésie des entreprises point-com et il n’a cessé de consolider ce succès depuis. Il s’est taillé une réputation de philanthrope, escaladant cinq des sommets les plus élevés afin de recueillir des fonds pour la recherche sur l’Alzheimer et d’autres causes.
« J’entends les gens dire qu’ils vont commencer à donner de leur temps quand ils auront 50 ans, mais je crois qu’il n’y a pas de meilleur moment que le présent, affirme M. Boyko, qui se décrit comme le “dynamiseur général” de Stingray Digital Media Group. Nous devons tous mettre nos passions au profit de la collectivité sous une forme ou une autre. »
En 2006, son savoir-faire et son dévouement ont été reconnus dans le cadre du programme des « 40 performants de moins de 40 ans ». Ce programme national, parrainé par CGA-Canada, célèbre les réalisations de jeunes canadiens de moins de 40 ans et encourage le mentorat et le perfectionnement professionnel.
« Ça a été pour moi un grand honneur car cet événement important a fait connaître mes réalisations à l’extérieur du Québec, explique M. Boyko. La possibilité de vivre cette expérience avec les scientifiques et les ingénieurs sélectionnés, de même qu’avec près de 400 diplômés, y compris d’autres CGA, m’a aussi permis de créer un formidable réseau de relations. »
Le camp de base
Les affaires fascinent M. Boyko depuis qu’il est tout jeune. Déterminé à suivre les traces de son père comptable, il rêvait d’aventures entrepreneuriales qui rendraient beaucoup plus emballants les chiffres d’un bilan.
« Je voyais à quel point mon père travaillait dur – il travaille d’ailleurs toujours à 72 ans – et j’ai décidé que je ne voulais pas seulement “vendre des heures”. »
Après des études au prestigieux Collège Brébeuf, il a obtenu un baccalauréat en commerce de la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, où ses talents d’entrepreneur ont pris forme. Avec un condisciple, Eric Aubertin, il a ouvert un restaurant appelé Campus Gourmet en 1991. Malheureusement, l’entreprise dont l’investissement était de 80 000 $ mais le loyer mensuel de 5 000 $ était vouée à l’échec et a rendu l’âme six mois plus tard. Toujours optimiste, M. Boyko a fait table rase et considère cette expérience comme le point de départ d’une aventure qui allait le mener à quelque chose de mieux. « J’ai appris à la dure qu’on peut jouer avec les coûts variables, mais que les coûts fixes doivent être bas. J’ai aussi appris que la comptabilité est la “grammaire” des affaires, et qu’en affaires, il faut comprendre un bilan. »
L’ascension
L’aventure suivante a produit des résultats plus positifs. Alors qu’il était vice-président responsable des finances de la Commerce Society de l’Université McGill, il a conçu un programme de billets à gratter pour recueillir des fonds pour une activité sportive. Il a ainsi réussi à amasser 10 000 $ en deux semaines.
M. Boyko a obtenu son diplôme en 1992. Il a entrepris ensuite d’obtenir le titre de CGA aux cours du soir et fait un stage chez KPMG. Libéré de ses dettes, il s’est associé de nouveau avec Eric Aubertin pour créer le Universal Fundraising Group, une entreprise sur Internet offrant des programmes de collecte de fonds sur mesure à une grande diversité de clients. L’entreprise fonctionnait bien et, après avoir consulté son père, il a décidé de s’y consacrer à temps plein. Il n’a néanmoins jamais perdu de vue l’importance d’obtenir le titre de CGA.
« Ce titre procure les connaissances nécessaires à la compréhension des options de financement, de la comptabilité analytique, de la fiscalité, des fusions et des acquisitions, dit-il. Je crois aussi que, mondialisation oblige, être titulaire d’un titre professionnel donne une longueur d’avance. »
M. Boyko est CGA depuis 1997. Il a appliqué ses nouvelles connaissances à la croissance de Universal. En 1998, la société rebaptisée eFundraising.com est devenue l’une des 10 sociétés québécoises connaissant l’essor le plus remarquable. Deux ans plus tard, il a reçu une offre qu’il ne pouvait refuser et il a vendu son entreprise à ZapMe! Corporation pour 27 M$! Lorsque peu après la bulle technologique a éclaté, il l’a rachetée pour 2 M$ et l’a revendue à son propriétaire actuel, Reader’s Digest, encore une fois à profit.
Sur la bonne voie
L’aventure de eFundraising.com a permis à M. Boyko de trouver un créneau entrepreneurial qui le passionnait. « L’entrepreneuriat est la clé de la création de nouvelles richesses, explique-t-il, ce qui n’est pas le cas avec l’argent que gagnent les médecins et les avocats, par exemple, qui est simplement redistribué, un peu comme lors d’une partie de poker où cinq personnes joueraient 100 $ chacun. C’est une situation gagnant-perdant parce qu’à la fin, il n’y a toujours que 500 $ sur la table. »
M. Boyko investit dans quelques sociétés qu’il pense pouvoir aider à croître, notamment dans le secteur du bois d’œuvre, des transports, des maisons de retraite et même de la production de jus de canneberges. Il demeure actif auprès de chacune d’elles et examine religieusement leurs états financiers mensuels. Plus il fait d’argent, plus il veut réinvestir dans de nouvelles entreprises.
« Nous connaissons actuellement une période de transition qui oblige le monde des affaires à s’adapter au numérique, et il est temps que les jeunes CGA songent à mettre sur pied leur propre entreprise. Si vous avez des connaissances en comptabilité et de l’ambition, l’argent est là. »
Il croit fermement dans le pouvoir de la providence – ou plus exactement des investisseurs providentiels. Il veut aider à générer du capital de départ au Canada pour des entreprises qui vont créer de nouvelles richesses dans des secteurs en émergence. C’est le but qu’il vise avec son dernier projet, Stingray Digital Media Group, une société qu’il a fondée plus tôt cette année avec Alexandre Taillefer et François-Charles Sirois. Stingray veut acquérir des entreprises en tête de leur créneau numérique et les aider à croître. Il veut profiter du boom des médias numériques en acquérant un groupe de sociétés synergiques qui exploiteront de nouveaux secteurs et créeront ainsi de nouvelles richesses dans un secteur sain.
« Il y a eu dans l’histoire cinq périodes où on a connu un boom économique, suivi d’un effondrement puis de 40 ans de prospérité. Le plus récent est le boom technologique qui a pris fin en 2000. Nous en sommes actuellement au premier stade des quarante années d’une prospérité et d’une croissance économiques assurées dans ce secteur, parce que tout change. »
La première acquisition de Stingray, Sound Choice, est un chef de file dans le secteur du karaoké. L’acquisition comprend le catalogue de chansons de karaoké le plus important au monde, de même que The Karaoke Channel, une station de télévision qui compte 16 millions de téléspectateurs aux États-Unis.
Selon M. Boyko, on peut créer de la richesse en ciblant les créneaux sous-développés. « C’est quelque chose qu’il faut faire sur une plus grande échelle au Canada. Si on perd des emplois dans le secteur du bois d’œuvre, on peut en créer de nouveaux dans le secteur des services. »
En vue du sommet
Sa vision et ses succès ne sont pas passés inaperçus. En 2004, on l’a invité à prendre part à la Conférence canadienne du Gouverneur général sur le leadership, qui a lieu aux quatre ans et qui vise à élargir les perspectives des futurs dirigeants d’entreprises, des syndicats et des organismes publics. Les participants sont envoyés dans les provinces et territoires du Canada, et il a choisi le Nunavut.
« J’ai demandé à des étudiants qui terminaient le secondaire combien d’entre eux envisageaient de démarrer leur entreprise. Ils m’ont tous regardé avec étonnement, se souvient-il. Je les ai mis au défi de présenter un plan d’affaires d’une page, et leur ai promis d’accorder 1 000 $ aux deux meilleurs. »
L’un des plans soumis concernait un service de nettoyage du système d’épuration des eaux, l’autre, le démarrage d’une entreprise de cyclotourisme. « Voilà un exemple de capital de départ qui peut créer de nouvelles richesses. Les investisseurs providentiels sont essentiels et malheureusement peu nombreux au Canada. »
Il continue d’offrir 2 000 $ annuellement pour financer des projets d’affaires, et deux nouvelles entreprises de tourisme ont ainsi vu le jour depuis la première année.
Comme si les fusions et les acquisitions, ne le tenaient pas suffisamment occupé, il trouve du temps à consacrer à diverses associations. M. Boyko est ainsi membre de la Young Entrepreneurs’ Organization et de la Young Presidents’ Organization (YPO), et il siège aux conseils de YPO Québec, de la Société de développement économique Ville-Marie, des Anges financiers de Montréal et de l’organisme Le français pour l’avenir.
En mars 2006, il a été nommé membre du conseil de l’Institut économique de Montréal.
« J’ai la chance d’avoir fait fortune très tôt et de pouvoir communiquer ma vision et mon expérience à d’autres jeunes qui espèrent faire de même. Mais j’ai seulement 37 ans et le meilleur est encore à venir. »
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