|
TIRÉ DU NUMÉRO : SEPT.-OCT. 2007 | PAR GUNDI JEFFREY
Pendant que les organismes de normalisation balancent entre comptabilité fondée sur les principes et comptabilité fondée sur les règles, et débattent de la nécessité d’adopter des normes internationales d’information financière ainsi que du bon moment pour le faire, Miklos A. Vasarhelyi affirme que tout cela ne sert à rien. Selon ce professeur, les PCGR sont dépassés et doivent faire place à des normes mieux adaptées au milieu des affaires et à la technologie d’aujourd’hui.
« Si le système d’information financière était entièrement rebâti aujourd’hui, explique-t-il, il serait bien différent en raison des profonds changements apportés aux éléments fondamentaux de l’information financière. »
M. Vasarhelyi, titulaire de la chaire KPMG sur les systèmes d’information comptable à la Rutgers Business School de New York, a récemment exposé ses vues lors d’un séminaire commandité par CGA-Canada et le programme Rutgers Executive MBA Beijing, qui s’est tenu à Beijing, et d’une brève entrevue accordée à CGA Magazine.
« Les PCGR sont désuets, anachroniques, affirme-t-il. Ils ont été élaborés pour évaluer une entreprise ayant des actifs corporels à une époque où la technologie se résumait à un crayon et du papier. Les entreprises utilisent aujourd’hui des ordinateurs et des bases de données, le volume d’information a considérablement augmenté et les coûts de diffusion sont presque nuls en raison des percées spectaculaires de la technologie. »
De plus, les utilisateurs des états financiers sont avertis et peuvent aisément traiter des informations financières complexes. M. Vasarhelyi poursuit ainsi : « Les utilisateurs sont actuellement des intermédiaires financiers – analystes, gestionnaires de fonds, investisseurs institutionnels – dont le principal problème est le manque d’information et non sa surabondance. Ils devraient pouvoir traiter les données à leur convenance plutôt que d’avoir à accepter une méthode unique choisie par une entreprise ou par les normalisateurs. »
M. Vasarhelyi est le seul universitaire à avoir siégé au Special Committee for the Enhanced Business Reporting Model établi par l’American Institute of Certified Public Accountants après l’effondrement d’Enron et d’Arthur Andersen, en 2000, pour repenser l’information financière. Ce comité est devenu, en 2004, l’Enhanced Business Reporting Consortium (EBRC), un consortium formé de parties prenantes qui collaborent à améliorer, de façon rentable et rapide, la qualité, l’intégrité et la transparence de l’information utilisée pour la prise de décisions.
En 2005, l’EBRC a publié, pour commentaires, un cadre d’information exhaustif afin d’aider les entreprises à mieux communiquer avec les investisseurs et d’autres parties prenantes clés concernant la stratégie d’entreprise et les résultats réels et prévus. Les entreprises sont invitées à communiquer une information étendue sur leurs sources de valeur (environnement des affaires, planification stratégique, ressources, processus). Ces éléments peuvent être chiffrés au moyen de diverses mesures de la performance financière et non financière, qui permettent d’évaluer la qualité, la durabilité et la viabilité des flux de trésorerie et des bénéfices.
M. Vasarhelyi et Michael G. Alles, professeur agrégé à la Rutgers Business School, espèrent compléter les initiatives de réforme de l’information financière et transformer le processus en misant sur les capacités de technologies récentes et différentes. Des méthodes d’évaluation modernes pourront être intégrées à un nouveau modèle exhaustif d’information.
M. Vasarhelyi explique que si les entreprises doivent depuis toujours évaluer et contrôler leurs activités, l’information produite selon un système fondé sur le papier (livres-journaux, grands livres) devait toutefois s’en remettre à des mesures préfiltrées et consolidées, habituellement consignées après un long délai. « Les technologies de l’information, dit-il, font appel à des ordinateurs et à des outils de réseautage en mode convergence, qui saisissent l’information sur les processus d’affaires à la source, sans filtre ni consolidation. Cela permet d’évaluer et de contrôler les processus d’affairesà un degré de détail sans précédent et en temps réel. »
Cette formule ne dispensera pas les entreprises de l’obligation de préparer un état des résultats et un bilan ni de conserver leur rôle central à l’égard de la présentation de l’information. « La question est de savoir, poursuit-il, si les utilisateurs doivent être contraints d’utiliser une seule méthode de consolidation, servant les intérêts de l’entreprise, ou si on doit leur permettre de bien voir comment les rapports ont été préparés. Ils pourraient ainsi déterminer en toute connaissance de cause si les états financiers peuvent être acceptés tels quels ou s’il conviendrait d’utiliser les données sous-jacentes pour alimenter leurs propres modèles de performance. »
En conclusion, M. Vasarhelyi croit que si les entreprises sont obligées d’établir un lien entre les données d’exploitation et les résultats financiers, et si les utilisateurs ont accès à une grande partie de l’information, des aberrations comme le scandale d’Enron ne seront plus possibles.
[ Haut de la page ] |