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Valeur ajoutée 

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Valeur ajoutée

Partout au pays, des comptables pratiquent l’évaluation d’entreprises et tirent profit de ce domaine en expansion.


Les CGA qui connaissent le titre d’expert en évaluation d’entreprises (EEE) trouvent que la formation qui y mène est excellente pour qui veut étendre ses activités à un domaine nouveau mais connexe. « La comptabilité constitue le langage et – à mon avis – le fondement des affaires, explique le directeur principal et chef du groupe de finance d’entreprise de la BMO à Toronto, Mark Shoniker, M.B.A., EEE, CF, CGA. Sans une bonne compréhension des principes, méthodes et traitements comptables, il est très difficile d’appréhender certaines questions théoriques se rattachant à l’évaluation d’entreprises et à l’insolvabilité », ajoute-t-il.

Les professionnels comptables possèdent des connaissances et des compétences inestimables qui leur donnent une longueur d’avance dans le domaine de l’évaluation. « Les comptables – en particulier les experts-comptables – sont bien familiarisés avec l’information financière, ils possèdent donc une très bonne base pour évaluer les projections », explique la directrice du groupe des enquêtes financières chez Wolrige Mahon LLP à Vancouver, Lorna Goertz, EEE, CGA.

« La valeur correspond à ce que quelqu’un paiera en échange de quelque chose », explique-t-elle, ajoutant que les acquisitions reflètent la « valeur actualisée des flux de trésorerie futurs que les acquéreurs prévoient tirer de l’actif. Mais pour évaluer la valeur des flux de trésorerie futurs, il faut bien comprendre l’information financière disponible. »

Les évaluateurs se consacrent entre autres à l’analyse des finances et de l’exploitation d’une entreprise, dont l’évaluation de ses actifs et de ses passifs, à l’appréciation de facteurs passés et présents tels que les flux de trésorerie et les bénéfices historiques pour présenter l’estimation la plus probable des taux de rendement ou des bénéfices futurs, et aux comparaisons du rendement d’une entreprise à celui des autres entreprises du même secteur.

Après avoir contribué à la création de la BMO Corporation d’investissement en capital en 1996, M. Shoniker a cherché en priorité le programme d’études idéal qui lui permettrait de jouer son nouveau rôle dans le groupe de capital-investissement de la Banque de Montréal. Et il l’a trouvé : « J’ai regardé le programme menant au titre d’EEE et je me suis dit “c’est exactement ça”. » Il est devenu EEE en 2000.

M. Shoniker n’a pas regretté son choix. Il estime que sa formation de CGA et celle d’EEE lui ont donné d’excellentes bases techniques et ont contribué à son avancement professionnel au cours de la dernière dizaine d’années. Le poste qu’il occupe actuellement exige un important bagage de connaissances et de compétences en évaluation : les clients de son groupe cherchent des solutions de financement innovatrices, faisant appel à la fois aux emprunts et aux capitaux propres, pour les prises de contrôle par emprunt, les restructurations du capital et d’autres besoins.

« Je travaille en financement d’entreprises non cotées acquises par diverses entités de capital-investissement. Connaître la véritable valeur intrinsèque de l’entreprise permet de s’assurer que la structure du capital est solide, dit M. Shoniker. C’est une chose d’investir dans une bonne entreprise, mais c’en est une autre de le faire à un bon prix; or, il est plus difficile de cerner le prix d’une entité qui n’est pas cotée et dont la liquidité de ce fait est plus faible », explique-t-il.

Le nombre d’EEE à l’échelle du pays est monté en flèche ces dernières années; il y a actuellement plus de 1 200 membres, et près de 900 étudiants comptent se joindre à eux, note la Torontoise Jeannine Brooks, M.B.A., FCGA, présidente-directrice générale de l’Institut canadien des experts en évaluation d’entreprises (ICEEE). Le programme a été lancé en 1971 et s’est développé notamment à la faveur de l’introduction au Canada des gains en capital et de la montée en flèche du taux de divorce.

Tout comme le Programme d’études professionnelles des CGA, le programme de l’ICEEE est, comme le souligne Mme Brooks, « très rigoureux; par exemple, l’an dernier, à peine 65 % des étudiants ont réussi les examens ». Il faut généralement environ trois ans pour réussir les six cours du programme, offerts par correspondance ou en ligne.

Parmi ces cours, quatre sont obligatoires, dont trois portent sur l’évaluation d’entreprises et de titres et le quatrième, sur les questions d’ordre juridique et fiscal. Les étudiants suivent aussi deux cours à option couvrant un grand nombre de sujets tels que l’assistance en matière de litiges, les transactions sur le marché libre complexes, la finance de sociétés fermées et la restructuration. Il faut également passer un examen d’admission de quatre heures et, comme dans le cas du Programme d’études professionnelles des CGA, acquérir une expérience pratique : en l’occurrence 1500 heures, dont 750, soit la moitié, doivent se rapporter à la communication d’information en matière d’évaluation d’entreprises.

Tom McCallum a reçu le titre d’EEE en 1993. Ce FCGA de Whitby, en Ontario, s’était alors déjà bâti une solide réputation en tant qu’expert en fiscalité, mais voulait relever des défis nouveaux et souvent complexes. Sa décision de devenir EEE est particulièrement tributaire de sa considération, vers le milieu des années 1980, du travail effectué par un évaluateur sur la succession d’un client qui, décédé subitement, avait laissé une entreprise prospère faisant des affaires dans trois provinces. Cette « discipline subjective et faisant appel au jugement professionnel » lui a tout de suite plu – et son intérêt n’a fait que s’accroître au fil du temps et de l’expérience.

M. McCallum remarque que l’essentiel de son travail est axé sur la fiscalité – ce qui l’amène à procéder à des évaluations dans divers domaines. Certains de ses mandats revêtent des aspects qui diffèrent du travail typique d’un fiscaliste. Les divorces s’avèrent souvent particulièrement complexes à gérer compte tenu des sentiments en jeu.

Le défi, du point de vue professionnel, « est de ne pas se laisser gagner par les émotions », explique M. McCallum, citant un cas hypothétique : « Betty et Bob sont en instance de divorce. Bob a une entreprise qui vaut 1 M$ selon Betty et seulement 350 000 $ selon Bob. Garder son indépendance et son objectivité est toujours problématique », concède l’expert. Dans un tel cas, les EEE doivent « reconnaître que même s’ils ont été engagés par Betty, leur rôle n’est pas de la représenter, mais plutôt de présenter les preuves factuelles ».

Les litiges relatifs aux sociétés peuvent s’avérer même plus pénibles.

« Je trouve en fait que les différends entre actionnaires sont encore plus éprouvants que ceux entre conjoints », dit-il. Lorsque les associés admettent qu’ils ont des problèmes, ils sont souvent encore en affaires ensemble, alors que les conflits conjugaux se cristallisent généralement après une période de séparation physique et de réflexion.

« On peut voir comment de tels conflits rongent, et commencent à détruire, les entreprises », ajoute M. McCallum.

Au cours des 10 dernières années, un tout nouvel ensemble de questions a surgi et permet d’accroître l’importance du titre d’EEE, et donc de grossir les rangs des membres. Au nombre des facteurs en cause, l’effondrement d’Enron, à la fin de 2001, qui a donné lieu à de nouveaux règlements obligeant de nombreux cabinets comptables d’importance à diversifier leurs services. De grands cabinets se sont vu interdire, par exemple, de continuer à offrir à un même client coté à la fois des services de vérification et des services de consultation se rattachant aux états financiers. On a également assisté à l’éclosion de petits cabinets mis sur pied pour effectuer le travail d’évaluation d’entreprises qui était auparavant du ressort des cabinets de plus grande taille.

Autre facteur qui favorise, selon Mme Goertz, la demande d’EEE qualifiés : l’adoption relativement récente de nouveaux chapitres du Manuel qui exigent que les actifs incorporels soient soumis à un test de dépréciation et que certains incorporels acquis soient constatés séparément de l’écart d’acquisition. Lorsqu’on acquiert une entreprise, des incorporels tels que les marques de commerce, les licences, les bases de données, les relations avec la clientèle et les conventions de non‑concurrence doivent être évalués séparément plutôt que d’être présentés comme partie intégrante de l’écart d’acquisition.

Les experts soulignent également que la comptabilité à la juste valeur, et donc les compétences en évaluation d’entreprises, prendront encore plus d’importance avec à l’adoption des normes internationales d’information financière au Canada d’ici 2011.

Le vieillissement de la population du Canada crée aussi des possibilités de croissance pour les EEE. Des légions de babyboomers prendront leur retraite au cours des 20 prochaines années – la tendance se manifeste déjà. Ces retraites impliqueront la vente, ou la transmission intergénérationnelle, de millions de petites entreprises qui feront appel à l’évaluation pour diverses raisons, notamment pour la détermination de stratégies fiscales efficaces telles que les gels successoraux et les transmissions.

Mme Brooks voudrait que davantage de CGA deviennent EEE. « C’est un domaine en pleine croissance », dit-elle. Et lucratif de surcroît : les salaires de base se chiffrent généralement à environ 80 000 $ – ce qui reflète le fait que la plupart des nouveaux membres ont déjà un titre comptable professionnel et une réputation dans le domaine. Les salaires peuvent rapidement dépasser les 200 000 $.

« Certains de nos membres prennent part à des transactions nationales et internationales importantes, et leur taux horaire est supérieur à celui des avocats », remarque Mme Brooks. Mais si le titre d’EEE est clairement profitable en termes financiers, « tout n’est pas qu’une question d’argent », ajoute-t-elle.

En effet, Mme Goertz, qui a reçu son titre d’EEE en 1992, souligne qu’un des principaux avantages de son travail consiste en la diversité et les défis de l’évaluation d’entreprises. « Même si certains dossiers s’éternisent, il est rare de faire deux fois la même chose. »

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