|
TIRÉ DU NUMÉRO : SEPT.-OCT. 2008 | PAR MERGE GUPTA-SUNDERJI
Quand deux éléphants s’affrontent, c’est l’herbe qui en souffre. – Proverbe swahili
Si vous occupez un poste d’autorité, il est bon de vous rappeler que vous êtes, du moins d’un point de vue métaphorique, un éléphant. Gestionnaires et superviseurs ont, de temps à autre, des différends. Si certains désaccords sont mineurs et faciles à résoudre, une petite discorde devient parfois un conflit autrement plus grave. Les hostilités causent alors des dommages, et ce sont généralement les gens qui travaillent le plus près des gestionnaires en querelle qui en souffrent le plus.
Prenons un exemple. Georges travaille dans une grande société. Il est de plus en plus mécontent du rôle qu’il joue au sein de l’organisation. C’est un cadre intermédiaire compétent doté d’un quotient émotionnel élevé, qui jouit d’un grand respect de la part de ses collègues et des clients internes. Il occupe son poste depuis plus de six ans; il rêve donc de nouveaux défis et de possibilités d’apprentissage. Pendant trois ans, il a exprimé le souhait d’obtenir une mutation ou une promotion, mais son grand savoir-faire est devenu un obstacle à cet égard : Georges est si compétent que sa superviseure ne veut pas le muter.
Mais Georges n’est pas homme à se laisser décourager. Ces deux dernières années, il a fait preuve d’une attitude positive en ciblant clairement les postes qu’il voudrait occuper au sein de la société et en prenant soin d’identifier les employés pouvant le remplacer. Mais on lui opposait un barrage d’excuses : « nous avons besoin de toi ici », « peut-être au prochain trimestre »... Malgré la patience dont il a fait preuve, sa frustration a atteint le point de non-retour il y a quelques semaines, lorsqu’il a compris qu’il n’était qu’un pion sur l’échiquier de deux gestionnaires, l’herbe piétinée par deux éléphants en plein affrontement.
La vérité a éclaté au cours d’une conversation difficile qu’a eue Georges avec sa superviseure au sujet du manque d’avancement dans son cheminement de carrière. La gestionnaire était impliquée dans une guerre de territoire de longue date avec le gestionnaire du service dans lequel Georges avait à maintes reprises demandé d’être muté afin d’occuper le poste de ses rêves. Quelques mois avant cette discussion, l’autre gestionnaire avait expressément demandé s’il était possible que Georges assume de nouvelles fonctions dans son service. Georges aurait accepté avec joie, mais il n’en a pas eu l’occasion. Sa patronne lui a expliqué sans détour : « L’autre gestionnaire ne m’offrait rien en retour. J’ai demandé qu’en échange, un de ses employés soit muté à mon service, mais il a refusé. »
Georges a été atterré par cette nouvelle. Lui qui était auparavant positif, enthousiaste et consciencieux a perdu toute satisfaction au travail et tout sentiment d’appartenance à l’organisation. Il s’est senti trahi, et tant la qualité de son travail que son état d’esprit en ont pâti. Il s’est mis à étudier sérieusement les offres d’emploi d’autres entreprises. L’organisation risque de perdre un de ses meilleurs employés. Ironiquement, ceux qui auraient pu prévenir cette situation sont ceux qui l’ont causée.
Quelle philosophie adoptez-vous comme leader? Prenez-vous part aux combats d’éléphants, ou cultivez-vous l’herbe? Si vous êtes gestionnaire ou superviseur, ne perdez pas de vue votre rôle principal – celui de mentor de vos employés. Accepter cette responsabilité fondamentale revêt une importance capitale pour être un bon leader. Après tout, il ne peut être question de leadership en vase clos : votre succès se mesure à l’effet que vous avez sur votre équipe. La gestionnaire de Georges a oublié que sa principale responsabilité de leader – et également l’assise de son succès – consiste à assurer l’épanouissement de son personnel et à lui offrir son soutien. Et même si elle a pu triompher dans sa guerre de territoire, elle a perdu toute crédibilité en tant que leader. Écrivez-moi pour me dire ce que vous en pensez.
[ Haut de la page ] |