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Un CGA à l’hôtel de ville 

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Un CGA à l’hôtel de ville


Dominant la place Nathan Phillip, dans la tour Est de l’hôtel de ville de Toronto, se trouvent les bureaux du directeur des services municipaux, Joe Pennachetti, CGA. M. Pennachetti est responsable de la prestation de plus de 40 services destinés aux 2,7 millions de résidents de la 5e ville nord-américaine en importance. De son bureau, il peut contempler la ville et se dire à juste titre qu’elle serait paralysée sans la vigilance de ses adjoints et de leur division.

Les tramways cesseraient de circuler. Les déchets s’empileraient. Il n’y aurait plus qu’un filet d’eau dans les robinets, et les lumières des tours de bureau finiraient par s’éteindre. Même les patineurs silencieux qui tracent avec élégance des cercles sur la patinoire extérieure, juste en bas, ne seraient pas là sans les employés municipaux qui assurent la surveillance et entretiennent la glace. Imaginez Toronto en mode « arrêt sur image ». Vous comprendrez alors l’importance du directeur des services municipaux et de son équipe.

Un coup d’œil sur l’organigramme

Il faut une structure administrative formidable pour gérer 50 000 employés et un budget supérieur à 10 G$. Le directeur général a trois adjoints, dont un est aussi le directeur financier de Toronto, un poste que M. Pennachetti a occupé à l’époque où Shirley Hoy était directrice des services municipaux. Chacun d’eux est responsable de divisions trop nombreuses pour être énumérées ici, qui sont généralement gérées par des directeurs et des directeurs généraux.

En plus du directeur et de ses trois adjoints, le bureau du directeur des services municipaux comprend cinq divisions : direction supérieure, ressources humaines, vérification interne, politiques stratégiques et municipales, et communications stratégiques. À des fins administratives, le secrétaire municipal et l’avocat de la Ville relèvent aussi du directeur des services municipaux.

L’organigramme de Toronto révèle un autre aspect du poste de M. Pennachetti : il n’y a qu’une seule case au-dessus de celle du directeur des services municipaux, et c’est celle du conseil municipal, car le directeur des services municipaux est responsable devant le conseil de tous les programmes et politiques des services municipaux. Pour citer un chroniqueur au Globe and Mail, John Barber, ce poste est « le paratonnerre de toutes les décharges de mécontentement ».

Un successeur désigné

Quand Mme Hoy, qui était très appréciée comme directrice des services municipaux, a pris sa retraite l’été dernier, le maire de Toronto, David Miller, avait déjà un successeur en tête. Entré au service de la Ville comme directeur financier en 2002, M. Pennachetti était un des directeurs adjoints de Mme Hoy. Avec plus de 30 ans d’expérience dans l’administration municipale, il avait été trésorier et commissionnaire des finances à la communauté urbaine de Peel pendant six ans et, juste avant, de 1990 à 1995, il avait occupé le même poste à York.

Ses états de service sont impeccables. Outre son titre de CGA, M. Pennachetti est titulaire d’un baccalauréat en commerce et a obtenu une maîtrise en administration des affaires bien avant que le M.B.A. ne devienne à la mode.

Néanmoins, quand M. Miller a annoncé son intention de soumettre au vote du comité exécutif le seul nom de M. Pennachetti, de vives protestations se sont fait entendre. En réalité, les opposants n’avaient rien contre M. Pennachetti, mais contestaient le fait que M. Miller veuille prendre les choses en main en contournant la procédure de recrutement. Malgré cela, ils n’ont pas voulu critiquer le choix du maire et ont dû admettre qu’il s’agissait du meilleur candidat pour le poste.

« Il ne fait aucun doute que M. Pennachetti sera notre directeur des services municipaux, a affirmé un conseiller municipal, et qu’il en sera un excellent. »

Leur respect s’explique peut-être par le travail de M. Pennachetti pendant le mandat mouvementé de Mme Hoy, qui a eu la malchance d’être aux commandes lors de grands drames municipaux : la grève des éboueurs en 2002, la panne d’électricité générale et la crise du SRAS en 2003, les négociations difficiles avec la TTC et l’enquête sur le processus d’appel d’offres pour rénover la gare Union, sans compter les répercussions du scandale du contrat de location d’ordinateurs MFP, pour citer les plus marquants.

Lorsque Mme Hoy était encore en fonction, M. Pennachetti avait été largement crédité pour avoir assuré la solvabilité de la Ville et convaincu les agences d’évaluation du crédit d’augmenter leurs notations relatives à la dette de Toronto. De plus, M. Miller, Mme Hoy et lui avaient fait équipe pendant les négociations délicates avec le gouvernement provincial sur le transfert des coûts des services sociaux.

Son admiration pour son ancienne patronne est manifeste : « Lors des adieux à Mme Hoy, explique‑t-il, je lui ai rendu hommage pour l’aide qu’elle m’a apportée. En tant que représentant des finances, il faut parfois se montrer dur, mais Mme Hoy m’a appris que pour diriger une grande organisation municipale, il faut avoir du cœur, servir réellement le public et toujours s’assurer de répondre aux besoins de la population avant tout. »

En fin de compte, la nomination du CGA que ses admirateurs qualifient d’« imperturbable » a été approuvée sans incident. Pour M. Pennachetti, c’était l’apogée d’une carrière qui avait commencé dans l’entreprise familiale à St. Catharines, en Ontario, et la confirmation que la décision cruciale de rester dans le service public avait été la bonne.

Le sens des affaires

« Quand j’étais jeune, à St. Catharines, se rappelle M. Pennachetti, mon père travaillait dans l’entreprise familiale de produits du béton. J’y avais un emploi d’été lorsque je faisais mes études universitaires. Par la suite, j’ai commencé à travailler avec le contrôleur de l’entreprise tout en poursuivant mon baccalauréat en administration des affaires. C’est là que je me suis intéressé aux finances et à la comptabilité. »

John et Dorothy Pennachetti ont transmis à leurs enfants le sens des affaires. Deux frères de M. Pennachetti gèrent Cave Spring Cellars, une entreprise de culture du raisin et de négoce de vin située à Jordan, en Ontario. Un troisième frère est promoteur immobilier, et ses deux sœurs sont respectivement biologiste et professeur. À une certaine époque, M. Pennachetti était sûr de mener une carrière dans les affaires, comme son père et ses frères. Dans les années 1970, il s’est inscrit à l’Université de Windsor, d’abord pour faire un baccalauréat, puis un M.B.A., un programme qui en était alors à sa 2e année d’existence.

« En fait, précise-t-il, je voulais connaître tous les aspects de l’entreprise pour pouvoir monter ma propre affaire. Mais j’avais choisi un mauvais moment pour obtenir mon diplôme, parce qu’au milieu des années 1970, c’était la récession. » Il était sur le point d’entrer au service de la Banque de Nouvelle-Écosse, à Waterloo, lorsqu’il a passé ses vacances d’été à faire de la randonnée en Alberta. Cet événement a changé sa vie.

« Je suis tombé amoureux des montagnes et du paysage. Même si un emploi m’attendait à Waterloo, j’ai pris un poste temporaire à la Ville d’Edmonton, qui recherchait des diplômés du M.B.A. Si ce n’était de la structure municipale d’Edmonton, unique au monde à cette époque, je ne travaillerais pas aujourd’hui dans les finances municipales. Edmonton était alors propriétaire et exploitante de tous les services, y compris le téléphone. »

C’était l’occasion inespérée de se familiariser avec tous les aspects financiers du secteur public et des entreprises traditionnellement privées. « J’ai travaillé dans les deux types de services. Deux ans plus tard, je préparais des états financiers consolidés complexes et, plus le temps passait, plus je me rendais compte des similitudes entre la gestion d’une entreprise et celle d’une municipalité. »

Un CGA dans le secteur public

Vers la fin des années 1970, M. Pennachetti a décidé d’obtenir un titre comptable professionnel et a choisi le programme d’études des CGA pour sa combinaison unique de formation en comptabilité et en disciplines des affaires. Il était alors dans la vingtaine avancée; il lui a donc été très utile de pouvoir continuer à travailler tout en étudiant à temps partiel. « À cette époque, le titre de CGA commençait à être beaucoup mieux connu en Alberta, et la souplesse du programme m’a vraiment attiré. »

Pendant plusieurs années, M. Pennachetti a été représentant étudiant de la section d’Edmonton de CGA-Alberta. Il croit fermement qu’on doit rendre à son association ce qu’on en a reçu. « Le titre de CGA a fait de moi un vrai professionnel des finances. Ce que j’ai aimé du programme, c’est qu’il allait au-delà des simples études de cas, et l’engagement envers la formation continue a constitué un élément essentiel de ma carrière. »

M. Pennachetti démontre beaucoup d’enthousiasme pour les possibilités de carrière qui existent en comptabilité et en finances dans le domaine municipal. « Ce n’est pas aussi différent du secteur privé qu’on le croit, parce qu’administrer une grande ville comme Toronto, c’est comme gérer une grande entreprise. Le budget de Toronto s’élève à plus de 10 G$. La croissance des municipalités est liée à leurs dépenses – en grande partie à cause du transfert de responsabilités – et elles ont besoin d’expertise. L’administration municipale offre de grandes possibilités aux professionnels des finances. »

La culture même de la prestation de services a changé. « Chacun de nos 44 programmes est considéré comme une entreprise, explique-t-il. Nous faisons la même chose que les grandes sociétés, depuis les analyses comparatives et les mesures du rendement jusqu’aux pratiques stratégiques. Mais, en fin de compte, ce que j’aime dans le domaine municipal, c’est qu’on sert le public et qu’on est près des gens. Tous les jours, on a affaire aux résidents et aux entreprises. »

La passion de M. Pennachetti pour le secteur public est évidente. « Je trouve que c’est le meilleur des deux mondes. On fait le même type de travail financier que dans une entreprise privée, mais en même temps, on sert le public. C’est très gratifiant. » Il mentionne l’influence de ses parents, qui ont transmis à leurs enfants un sentiment d’engagement envers le service public. « Mon père était membre du conseil et président d’un hôpital de St. Catharines. Il comprenait l’importance de servir sa collectivité. »

Et notamment une collectivité aussi grande que celle de Toronto. « Une des raisons pour lesquelles j’aime vraiment cette ville et y finirai ma carrière, c’est qu’elle représente le sommet en matière de service du public. »

Les défis et le potentiel de Toronto

Près de la patinoire de la place Nathan Phillip, les passants saluent M. Pennachetti chaleureusement. Ce dernier semble gêné de l’attention qu’il reçoit et fait dévier la conversation sur les défis que devra relever Toronto dans un contexte de récession. « Évidemment, le budget représente un des grands défis de la Ville. Un des sujets de l’heure est l’introduction de nouvelles taxes qui sont non seulement importantes pour la Ville, mais pour les municipalités de tout le Canada, comme les droits de cession immobilière. Mais nous estimons aussi que nous devrions recevoir une partie de la taxe de vente. Sans cela, la Ville ne pourra pas être en bonne situation financière de façon durable. »

En ces temps de crise, Toronto aura la difficile tâche de négocier en 2009 les nouvelles conventions collectives, exercice auquel M. Pennachetti participera. Il sait qu’il pourra alors mettre à profit sa bonne capacité d’écoute.

« Je pense que ma personnalité correspond à celle des CGA en général : on nous enseigne à étudier tous les aspects d’un problème. Cela signifie qu’il faut savoir écouter et, en tant qu’employé municipal, il faut porter attention à toutes les parties.

« Nous écoutons les résidents et les entreprises et, souvent, leur vision ne correspond pas à l’orientation que voudrait prendre le conseil municipal et son administration. Il faut donc s’intéresser à tous les arguments. Le meilleur exemple récent de cela est la mise en œuvre du programme de gestion des déchets solides, fondé exclusivement sur les frais d’utilisation.

« Ma formation comme CGA m’a aidé pendant ce projet très innovateur. Il n’y a aucune autre grande ville du Canada qui fait seulement appel aux frais d’utilisation pour financer la gestion des déchets. La plupart des municipalités utilisent encore une combinaison de frais d’utilisation et de taxes foncières. Nous avons écouté, mais nous avons dû aussi prendre une décision. Certains n’aimaient guère l’idée des frais d’utilisation, mais je crois que d’ici cinq ou 10 ans, toutes les grandes villes canadiennes feront comme nous. »

Annonçant peut-être une nouvelle ère, le carillon de la tour de l’hôtel de ville résonne. M. Pennachetti, CGA, doit élever la voix. « Les défis vont être grands en 2009. Mais Toronto a un avenir sans limite devant elle. »

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