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TIRÉ DU NUMÉRO : SEPT.-OCT. 2009 | PAR ANDREW ALLENTUCK
Joanne (nom fictif), 44 ans, CGA de Vancouver, mène une carrière florissante dans un cabinet comptable de taille moyenne. Elle gagne environ 85 000 $, son mari 65 000 $, et leur budget est équilibré. Joanne s’inquiète toutefois pour son avenir.
« Nous ne disposons ni l’un ni l’autre d’un régime de retraite d’entreprise, dit-elle. Une fois notre prêt hypothécaire remboursé, nous aimerions prendre notre retraite à 65 ans et voyager. »
Cela peut sembler un souhait raisonnable. Or, pour les travailleurs autonomes qui, selon l’Association canadienne des individus retraités, font partie des 60 % de travailleurs canadiens qui ne bénéficient pas d’un régime de retraite d’entreprise, il est indispensable de se créer une base financière solide en vue de la retraite.
La planification financière est un exercice essentiel, qui exige des connaissances en économie, chaque plan devant inclure des prévisions des taux d’inflation et des rendements à venir, et une évaluation du travail à temps partiel possiblement nécessaire pour combler les écarts.
Selon Caroline Nalbantoglu, planificatrice financière chez PWL Conseil Inc., à Montréal, il est possible de résoudre ces problèmes. « Nous pouvons calculer des moyennes pondérées en fonction des taux de rendement et d’inflation à long terme. La difficulté consiste à tenir compte de la volatilité du prix des actifs et à viser le nivellement des rentrées de fonds à la retraite. Il ne faut donc prendre que les risques nécessaires pour suivre le rythme de l’inflation, soit normalement 2 % à 3 % par année, et ajouter environ 2 % pour la croissance. Cet objectif cadre avec des titres sûrs tels que les actions de sociétés à grande capitalisation et les obligations. »
Revenu de retraite
Le problème que représente la planification d’un revenu de retraite est assez simple : Calculez les prestations totales de la Sécurité de la vieillesse (SV) et du Régime de pensions du Canada (RPC) ou de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et soustrayez de ce montant les dépenses prévues à la retraite. La différence, le cas échéant, représente le revenu que votre régime de retraite d’employeur et vos placements devront vous rapporter.
Actuellement, la prestation annuelle de la SV est de 6 204 $ et la prestation annuelle maximale du RPC ou de la RRQ est de 10 905 $. Dans les deux cas, les versements sont indexés en fonction des variations de l’indice des prix à la consommation (IPC). Les prestations de la SV commencent à être récupérées lorsque le revenu net avant rajustements (ligne 234 de la déclaration T-1) atteint 66 335 $ et cessent lorsque le revenu net est supérieur à 107 692 $.
Pour être admissible aux prestations du RPC/RRQ, il faut être âgé de 65 ans. On prévoit que des modifications seront apportées aux critères des demandes anticipées, qui exigent présentement que le départ à la retraite entre 60 et 65 ans ait lieu deux mois avant la demande de prestations. Les prestataires pourront commencer à recevoir des prestations tout en continuant à cotiser au RPC/RRQ. Ces changements réduiront les pressions en vue du départ à la retraite et garniront davantage les coffres du régime.
Les pénalités pour retraite anticipée, à partir de 60 ans, passeront de 0,5 % à 0,6 % pour chaque mois précédant le 65e anniversaire du demandeur. Ainsi, la prestation d’un retraité de 60 ans sera réduite de 36 % (12 × 5 × 0,6) par rapport à celle d’un demandeur de 65 ans; cet écart est de 30 % (12 × 5 × 0,5) aujourd’hui. Ce changement sera introduit graduellement sur une période de cinq ans à compter de 2012.
Dans le cas d’une retraite reportée, la prime de 0,5 % par mois suivant le 65e anniversaire du demandeur augmentera à 0,7 %. Ce changement, qui entrera progressivement en vigueur sur une période de trois ans à compter de 2011, entraînera une hausse, de 30 % à 42 %, de la prime pour une retraite reportée et portera la prestation maximale à l’âge de 70 ans de 14 177 $ à 15 485 $.
Que représentent ces changements? « Pour un particulier qui a accumulé un pécule considérable en vue de la retraite, précise Adrian Mastracci, planificateur financier, gestionnaire de portefeuille et président de KCM Wealth Management Inc. à Vancouver, le fait de devancer sa retraite de 5 ans avant l’âge de 65 ans ou de la repousser de 10 ans après l’âge de 60 ans n’est pas important, puisqu’il peut puiser dans son épargne personnelle. Pour le travailleur moyen, toutefois, l’attente aura un coût trop élevé, et il retirera l’argent dès qu’il le pourra. »
Selon le ministère des Finances, ces changements ne toucheront pas les prestataires actuels du RPC/RRQ ou les personnes qui commenceront à recevoir des prestations avant l’entrée en vigueur des modifications.
Ces changements sont néanmoins très importants. Une fois mis en œuvre, ils feront passer les prestations annuelles maximales à l’âge de 70 ans pour des conjoints ayant chacun cotisé suffisamment pour y être admissibles à près de 43 378 $ (toutes données en dollars de 2009).
Budgets de retraite
Pour calculer le montant additionnel dont un CGA aura besoin, de nombreux planificateurs financiers utilisent le coefficient de remplacement : le revenu de retraite brut doit équivaloir à 60 % du revenu brut avant la retraite pour qu’un retraité conserve son pouvoir d’achat. Lorsque le prêt hypothécaire est remboursé, que les enfants ont terminé leurs études postsecondaires et que cessent les cotisations à un régime de retraite, au RPC/RRQ et à l’assurance-emploi ainsi que les dépenses liées au travail, il ne reste qu’à payer les frais d’épicerie, de chauffage, d’électricité et d’Internet. Le reste est du superflu.
Les choses ne vont cependant pas toujours ainsi. La retraite entraîne une augmentation du temps disponible pour dépenser. Les personnes qui, avant leur retraite, travaillaient 10 ou 12 heures par jour et se reposaient les fins de semaine pourraient ainsi dépenser beaucoup plus.
Une autre solution est un modèle des dépenses en fonction du cycle de vie, selon lequel nous adoptons un niveau de dépenses raisonnable et le conservons à la retraite. « C’est une question personnelle, affirme Malcolm Hamilton, actuaire chez Mercer à Toronto. Un désir de rattrapage initial pourrait mener les jeunes retraités à s’adonner à des activités pour lesquelles ils manquaient de temps auparavant. Les retraités plus âgés ont toutefois tendance à effectuer moins de dépenses facultatives que les jeunes retraités, par manque de temps ou d’énergie. Obligés d’acquitter des dépenses importantes pour leur maison et l’éducation des enfants, la plupart des ménages adoptent un style de vie assez austère. Lorsqu’ils arrivent à la retraite, avec un revenu moins élevé, ils se contentent de vivre comme avant. »
Au lieu de choisir parmi les modèles qui prévoient que les retraités dépensent plus, moins ou autant qu’avant, les futurs retraités pourraient chiffrer leurs dépenses. Au début de la retraite, soit de 55 ou 65 ans jusqu’à 75 ans, ils auront les occasions et l’énergie nécessaires pour pratiquer leurs activités (voyages, voile, ski, etc.). Après 75 ans, l’énergie requise pour voyager ou faire de l’escalade ne sera probablement plus là. L’argent non dépensé pourra être utilisé pour laisser un héritage, qui pourra croître si les placements de retraite s’avèrent fructueux, si les rentrées sont supérieures aux dépenses ou si l’indexation des placements excède les dépenses.
Plans de placements
Une caractéristique des retraites fructueuses est le rendement du capital investi. Le choix des actions, obligations et fonds communs de placement fait partie du défi, mais dans une plus large mesure, ce choix concerne la gestion du risque. Il faut viser l’équilibre entre les placements qui présentent des risques liés au marché (les placements susmentionnés) et ceux qui n’en présentent aucun (les rentes).
Souscrits auprès des compagnies d’assurance, les contrats de rente prévoient le versement d’un revenu de placement fixe. Les versements peuvent cesser au décès du rentier ou, plus souvent, être garantis pour un certain nombre d’années, ce qui permet au conjoint de toucher la rente en cas de décès du rentier. L’avantage d’une rente est qu’elle protège contre le risque d’épuiser son épargne, peu importe l’évolution des marchés financiers. Son désavantage est que les fonds sont immobilisés. Selon Derek Moran, planificateur financier et président de Smarter Financial Planning Ltd. à Kelowna, en Colombie-Britannique, la souscription d’une rente qui ne donne droit essentiellement qu’à un revenu d’intérêts n’est pas l’idéal dans le contexte actuel de taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas. De plus, une hausse de l’inflation nuit aux rentiers, car la plupart des contrats de rente ne prévoient aucune indexation au coût de la vie.
Les obligations à rendement réel (ORR), soit certaines obligations du gouvernement fédéral à longue échéance dont le taux est ajusté en fonction des variations de l’IPC, représentent une solution offrant une protection contre le risque d’inflation. Leur revenu augmente avec le taux d’inflation. M. Moran ajoute toutefois que ces obligations sont peu négociées et que, à moins d’être détenues dans des régimes enregistrés tels qu’un REER ou un CELI, elles peuvent donner lieu à une facture d’impôt importante et imprévisible pour les investisseurs.
Dans le cadre d’un plan de placements, il est bon d’inclure une part de revenu garanti ou protégé contre l’inflation. Lorsque les prestations garanties des régimes d’État ou autres ne représentent qu’une petite partie du revenu, il est judicieux d’affecter une partie de l’actif à un contrat de rente ou à des ORR. Une solution astucieuse peut consister à ajouter des obligations ordinaires ou un fonds d’obligations dont les frais de gestion sont raisonnables (moins de 1 % par année), et possiblement un portefeuille d’actions diversifié.
Quoi faire? « Divisez vos sources de revenu de retraite en quatre parts, suggère Don Forbes, planificateur financier et directeur de la succursale de Don Forbes & Associates/Armstrong & Quaile Inc. de Carberry, au Manitoba. Les prestations des régimes d’État forment la 1re part, vos REER et CELI, la 2e, vos obligations, la 3e et votre contrat de rente, la 4e. Visez d’abord à obtenir le quart de votre revenu de retraite de chaque part, puis ajustez leur pondération en fonction de vos connaissances en gestion de placements. Il n’existe pas de solution idéale : il est possible que les actions offrent pour un temps un meilleur rendement que les obligations ou vice-versa, qu’une hausse de l’inflation nuise au rendement des actions et des obligations (mais non à celui des ORR), voire que les devises se déprécient et que le cours de l’or grimpe. La diversification des sources de revenu de retraite protège contre la plupart des risques et permet une certaine prévisibilité des rentrées à la retraite pour ceux qui ne peuvent compter pratiquement que sur eux-mêmes en ce qui concerne leur revenu. »
« Vous devez vous préparer au pire, conseille Mme Nalbantoglu. Recherchez les placements les plus prudents. Et si la situation tourne pour le mieux, réjouissez-vous! »
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