Document d'information
Contexte
La pénurie de main-d’œuvre qualifiée au Canada compte désormais parmi les défis de politique publique les plus pressants au pays. Même si certaines questions sont d’ordre régional, les problèmes fondamentaux liés aux compétences et à l’apprentissage sont communs à tous les secteurs de l’économie canadienne.
Toutefois, évaluer l’état des compétences et de l’apprentissage au Canada n’est pas chose aisée. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Canada arrive bon dernier parmi 40 pays pour ce qui est de la collecte et de l’analyse de l’information sur la formation et l’apprentissage. Cette situation est largement attribuable à la décentralisation des données suivies résultant d’une coordination limitée entre les provinces, les différents ordres de gouvernement, les employeurs du secteur privé, les associations professionnelles ainsi que les conseils et commissions scolaires, les universités et les collèges.
Étant donné le manque de données nationales et d’analyses comparatives sur les compétences et l’apprentissage au Canada, CGA-Canada et le Forum des politiques publiques ont tenu huit tables rondes régionales dans tout le Canada auxquelles ils ont convié des dirigeants d’entreprises, des éducateurs, des hauts fonctionnaires et des représentants de l’industrie et des syndicats, afin de dégager des perspectives régionales en la matière. Un colloque a eu lieu à Ottawa le 28 mai dernier, au terme duquel les participants ont rédigé une série de recommandations inspirées des discussions régionales. Ces recommandations seront regroupées sous la forme d’un cadre de travail national, lequel sera proposé aux décideurs de l’État.
Les parties prenantes ont donné leur avis sur six thèmes perçus comme ayant une profonde incidence sur les compétences et l’apprentissage au Canada, soit la pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée et la mobilité des travailleurs; l’apprentissage en cours d’emploi et l’apprentissage continu; la participation des Autochtones; les compétences essentielles; l’intégration des travailleurs immigrants au marché du travail; la prolongation de la carrière et la planification de la relève.
Thèmes
La pénurie de main-d’œuvre qualifiée et la mobilité des travailleurs
- La pénurie est régionale et propre à certains secteurs :
- L’Ontario devra embaucher 360 000 travailleurs qualifiés de plus d’ici 2025.
- Le Manitoba aura besoin de 6 500 travailleurs de la construction supplémentaires au cours des 8 prochaines années.
- La Colombie-Britannique aura besoin de 20 000 travailleurs qualifiés de plus au cours des 3 prochaines années, en vue des Jeux Olympiques d’hiver de 2010.
- Dans le secteur de l’industrie automobile, on prévoit une pénurie de 12 240 à 20 170 travailleurs entre 2010 et 2014.
- Dans certains secteurs, notamment en médecine et en soins infirmiers, la pénurie de main-d’œuvre est nationale.
- La fragmentation économique régionale forme une partie du problème.
- L’Ouest riche en ressources attire les travailleurs qualifiés du reste du pays, ce qui crée une pénurie dans d’autres provinces.
- L’évolution des données démographiques canadiennes — travailleurs vieillissants qui quittent le marché du travail et baisse du taux de natalité — compte également parmi les facteurs.
L’apprentissage en cours d’emploi et l’apprentissage continu
- Les 2/3 de la main-d’œuvre canadienne n’ont participé à aucune activité d’apprentissage formelle liée au travail ces 2 dernières années.
- Les comparaisons effectuées par l’OCDE confirment que la plupart des entreprises canadiennes n’investissent pas assez dans la formation des adultes.
- Le degré de formation parrainée par l’employeur n’est pas le même d’une province à l’autre et d’un secteur d’emploi à l’autre.
- L’économie canadienne est fondée sur le secteur des petites et moyennes entreprises, qui a des ressources limitées à allouer à la formation.
- Les obstacles qui nuisent à la formation en milieu de travail comprennent les taux élevés de roulement du personnel, la difficulté de mesurer le rendement du capital investi, le manque de financement de la part du gouvernement et le manque d’intérêt des employeurs.
La participation des Autochtones
- Les Autochtones représentent le groupe démographique qui connaît la plus forte croissance au Canada. Toutefois, ce groupe est aussi celui qui éprouve le plus de difficultés en matière de compétences, de formation et d’intégration à la population active du pays.
- D’ici 2017, la population autochtone devrait compter plus de 1,4 million de personnes, soit 4 % de la population canadienne.
- 8 % des Autochtones de 25 à 34 ans sont titulaires d’un diplôme d’études postsecondaires, contre 28 % pour les Canadiens non autochtones.
- Les taux d’emploi chez les Autochtones ont baissé depuis 1996 et continuent de le faire dans 44 % des communautés des Premières nations.
Les compétences essentielles
- Les compétences essentielles forment les assises de l’acquisition des autres compétences et de l’apprentissage. Elles comprennent notamment la lecture, la numératie, l’écriture, l’utilisation d’un ordinateur et les communications orales.
- 42 % de la population canadienne âgée de 16 à 65 ans a un faible niveau d’alphabétisation.
- 4 élèves du secondaire sur 10 possèdent des compétences insuffisantes en lecture; 2 diplômés universitaires sur 10, 5 adultes sur 10 et 6 immigrants sur 10 possèdent des compétences insuffisantes en littératie.
- Une augmentation globale de 1 % du taux d’alphabétisation représenterait des gains socioéconomiques de 32 milliards de dollars.
- Une personne dont les compétences essentielles sont insuffisantes peut être incapable de prendre pleinement part au marché du travail, disposer de choix limités en matière d’emploi et, habituellement, gagner un faible revenu. Cette situation peut nuire à son niveau de vie et à l’économie tout entière.
L’intégration des travailleurs immigrants au marché du travail
- D’ici 10 ans, toute la croissance nette de la main-d’œuvre au Canada proviendra de l’immigration.
- Le taux national de chômage des nouveaux immigrants est plus du double de celui des personnes nées au Canada.
- Seulement 56 % des nouveaux immigrants voient leurs titres de compétences étrangers pleinement reconnus.
- Par conséquent, 6 immigrants sur 10 acceptent des emplois qui ne correspondent pas au domaine dans lequel ils ont été formés.
- Les nouveaux immigrants, un groupe de travailleurs potentiels, éprouvent de la difficulté à s’intégrer, ce qui prive le marché du travail canadien de précieux talents.
- Le manque de reconnaissance de la formation acquise à l’étranger, le manque d’expérience acquise au Canada et les barrières linguistiques sont quelques-uns des obstacles à l’intégration des immigrants.
La prolongation de la carrière et la planification de la relève
- Près de 1 Canadien sur 3 fait partie de la génération du baby-boom.
- Dans le secteur minier, l’essentiel des travailleurs est âgé de 40 à 54 ans, ce qui est largement au-dessus de la moyenne canadienne.
- Actuellement, le marché du travail ne tire pas profit de la participation d'un groupe particulier de travailleurs, soit le groupe croissant des travailleurs âgés. Ce groupe démographique pourrait atténuer la pénurie de main-d’œuvre canadienne et permettre le transfert des connaissances aux jeunes travailleurs.
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