Contexte
Au Canada, au cours de la dernière décennie, les dépenses de santé ont progressé beaucoup plus rapidement que l’économie et que l’ensemble des recettes fiscales fédérales et provinciales. Le directeur parlementaire du budget a soulevé certaines préoccupations quant à la capacité de soutenir ces dépenses, tant financièrement qu’en pourcentage du PIB. L’affectation de ressources de plus en plus considérables n’entraîne pas nécessairement de meilleurs soins de santé. Malgré d’imposants investissements dans ce domaine, les Canadiens ne tirent sans doute pas suffisamment de valeur d’un système de soins de santé qui se classe à la queue du peloton des pays industrialisés en ce qui touche la productivité des sommes injectées. Par conséquent, CGA-Canada a jugé opportun d’examiner la notion d’optimisation des ressources dans les hôpitaux, principal secteur du système des soins de santé.
Résumé des constatations
L’absence de financement basé sur l’activité ou axé sur les patients pourrait avoir restreint l’aptitude des hôpitaux canadiens à évaluer leur efficacité et leur efficience particulières. Il se peut que le modèle actuel de financement global n’incite pas de manière convaincante les directions d’hôpital à réduire les coûts (intrants) ou à accroître le rendement (extrants) en ce qui a trait à la rapidité d’accès aux soins, aux effets sur la santé des patients et à d’autres dimensions qualitatives et quantitatives des soins de santé.
Il pourrait ne pas suffire de se concentrer uniquement sur les indicateurs de résultat pour établir et évaluer la qualité de la gérance des directions d’hôpital à l’égard des ressources qui leur ont été attribuées. Pour une large part, les dépenses de santé par habitant ne semblent pas liées aux résultats, l’accroissement des dépenses en matière de services de soins de santé ne se traduisant pas toujours globalement de manière avantageuse. Entre autres raisons, le manque de corrélation entre les dépenses et leurs effets sur la santé réside dans le fait que l’affectation des ressources à l’égard des soins de santé est souvent susceptible de se fonder sur l’offre.
Les indicateurs de résultat pourraient ne pas donner une idée précise de la productivité des dépenses de santé. La détermination de l’efficience économique ou de l’efficacité de la gérance exige l’utilisation d’indicateurs de performance qui rendent compte des extrants par unité d’intrant (ou des intrants par unité d’extrant). Le recours aux modèles de rémunération au rendement dans les hôpitaux fait ressortir la nécessité de définir des indicateurs appropriés sur lesquels on fondera la rémunération des dirigeants.
Un certain nombre de raisons expliquent la lenteur de l’intégration d’indicateurs de l’optimisation des ressources dans le domaine de la prestation des soins de santé. Il convient de mentionner, parmi ces raisons, la difficulté à mesurer la qualité et, de ce fait, l’optimisation; la grande échelle de gravité et de complexité des maladies et, par le fait même, la complexité des résultats; les responsabilités non concordantes et les compétences différentes des responsables financiers et des cliniciens.
L’adoption de mesures incitatives visant l’amélioration de la qualité des soins de santé ne suffit pas à accroître l’efficience de la prestation des soins. Les programmes incitatifs comme les régimes de rémunération au rendement, l’établissement de points de repère en matière de qualité et d’optimisation, et le financement des hôpitaux fondé sur le volume des soins influencent vraisemblablement ce que l’on mesure et, par conséquent, ce que l’on gère.
Les indicateurs de l’optimisation des ressources peuvent contribuer à accroître l’autonomie et la latitude des directions d’hôpital en matière de prise de décision et peuvent se traduire par une amélioration de l’affectation des ressources, de la planification et du processus décisionnel tout en assurant que les mesures prises par l’hôpital concordent avec les objectifs supérieurs de l’État et des contribuables sur les plans social et économique.
Faits saillants
Aperçu
Dans le classement des pays industrialisés, le Canada est cinquième quant à l’importance de ses dépenses de santé par habitant et sixième quant à la part du PIB que celles-ci représentent. Malgré ces investissements dans les soins de santé, les Canadiens ne semblent pas tirer suffisamment de valeur de leur système de soins de santé.
Au chapitre de l’optimisation des ressources, le Canada est arrivé dernier des 30 pays figurant au classement de l’indice sur la performance des systèmes de santé au Canada et en Europe en 2008 et en 2009, et il s’est classé 25e parmi 34 pays (dont les États-Unis étaient exclus) en 2010. Selon une enquête du Fonds du Commonwealth, le Canada se classe sixième parmi six pays à ce chapitre.
Bien que la notion d’optimisation des ressources soit bien comprise dans le secteur des soins de santé (augmenter la quantité des soins fournis ou la qualité de leurs effets sur la santé à des coûts égaux ou moindres), elle n’y est pas pour autant implantée. Le Canada n’a pas recours actuellement à des points de repère homogènes pour déterminer l’efficacité et l’efficience de la prestation des soins de santé, ce qui rend difficiles l’évaluation des investissements dans ces soins et l’analyse détaillée de l’optimisation des ressources.
Financement des hôpitaux
Les hôpitaux canadiens représentent le principal poste de dépenses de santé des gouvernements provinciaux. Jusqu’ici la plus grande part du financement des hôpitaux s’est effectuée sous la forme de subventions globales largement établies d’après les niveaux de financement antérieurs; toutefois, le modèle de financement global n’incite pas réellement les directions d’hôpital à réduire les coûts (intrants) ou à optimiser les ressources (extrants) en ce qui a trait à la rapidité d’accès aux soins, aux effets sur la santé des patients et à d’autres dimensions qualitatives et quantitatives des soins de santé.
Optimisation des ressources
On claironne beaucoup les succès rencontrés à l’égard des temps d’attente, mais ce qu’il en coûte pour y parvenir est rarement révélé; par conséquent, tant le public que les responsables du financement au gouvernement ignorent souvent les concessions consenties (le coût d’opportunité) pour parvenir aux résultats obtenus. En l’absence de critères d’optimisation des ressources, les hôpitaux et les gouvernements ne peuvent savoir s’il aurait été plus productif d’injecter les mêmes sommes ailleurs dans le système de santé.
Les indicateurs de l’optimisation des ressources peuvent également permettre à la société et aux responsables des politiques d’apprécier la quantité de soins qu’ils sont disposés à payer. Dans la mesure où les améliorations successives des temps d’attente exigent des investissements considérables, celles-ci pourront être envisagées comme des résultats dont la société ou les contribuables ne sont pas prêts à assumer le prix.
Le financement des hôpitaux reposant sur l’optimisation des ressources est particulièrement crucial si l’on considère que les personnes chargées de disposer des fonds publics subissent souvent les pressions découlant de la brièveté des cycles électoraux et peuvent être ainsi tentées d’affecter d’importantes sommes au système de soins de santé par opportunisme politique.
Le recours aux indicateurs de l’optimisation des ressources n’implique pas que l’on se distancie du financement public des soins de santé. Les indicateurs de performance empruntés à d’autres secteurs pourraient permettre d’accroître l’efficience, la transparence, et la responsabilité des hôpitaux et de l’État, et favoriser la pérennité d’un système de soins de santé financé par l’État dans un contexte où les exigences s’accroissent.
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CGA-Canada | Dernière mise à jour : 2011-05-26