Notes documentaires
Particulièrement curieuse de connaître les vues des Canadiens à l’égard de leur situation financière, de leurs dépenses et de leurs compétences en matière de finances, l’Association des comptables généraux accrédités du Canada (CGA-Canada) a commandité un sondage auprès des consommateurs au printemps 2007. Faisant fond sur les perspectives des Canadiens quant à l’évolution de leur endettement, de leur richesse et de leur attitude à l’égard des dépenses et de l’épargne, nous avons examiné certaines de nos constatations dans le contexte des faits et des chiffres disponibles publiquement. En outre, bien que nous admettions que le niveau d’endettement est légitimement un choix personnel, nous nous sentons tenus de sensibiliser les lecteurs sur les risques potentiels liés à l’accroissement de la dette de chaque ménage. Nous pensons que le rapport intitulé Où va l'argent? La croissance de l'endettement des ménages au Canada se révélera très utile au public canadien.
Perceptions des Canadiens
Résultats du sondage d'opinion
- 84 % des Canadiens ont déclaré avoir des dettes.
- 14 % de l'ensemble des Canadiens ont indiqué que leur dette avait nettement augmenté.
- 25 % des Canadiens ne croient pas qu’une modification des taux d’intérêt, du prix des logements ou de leur salaire ou encore une réduction de leur accès au crédit nuirait à leur bien-être financier.
- 40 % des Canadiens endettés croient que leur dette nuit à leur capacité d’atteindre les objectifs liés à leur sécurité financière en cas de circonstances imprévues.
- 28 % des répondants endettés estiment que la dette de leur ménage influe de façon défavorable sur leur capacité de réaliser leurs objectifs de retraite personnels.
- 25 % des Canadiens ne pratiquent aucune forme d'épargne, pas même en prévision de la retraite.
Faits
- L'endettement des ménages, qui s'est établi à un billion de dollars en 2006, atteint un niveau sans précédent.
- Le taux d'épargne personnelle des Canadiens baisse depuis le début des années quatre-vingt, ayant reculé d’un sommet de 20,2 % atteint en 1982 jusqu’à un creux de 1,2 % atteint en 2005.
- En 2005, la valeur résidentielle par propriétaire avait baissé de 5 % par rapport à 1997.
- L'endettement des ménages a progressé de 4,7 % en moyenne annuellement au cours des 30 dernières années, soit plus rapidement que la croissance de leur revenu disponible et de leur actif ainsi que du PIB.
- La consommation, et non l'accumulation d'actifs, est la principale cause de la croissance de l'endettement.
- Entre 1999 et 2005, comparativement à toutes les autres tranches de revenu, la tranche de 20 % correspondant aux ménages les moins riches a connu le deuxième taux de croissance de la dette le plus rapide.
- Plus de gens, soit 20 %, puisent avant la retraite dans l'épargne constituée au titre de leurs REER et ils affectent principalement les fonds qu’ils en retirent à des dépenses de la vie courante.
- Le recul de l'épargne est attribué aux facteurs suivants :
- l’appréciation de la valeur des maisons, qui contribue à la hausse de la valeur nette des ménages;
- la faiblesse des taux d’intérêt, qui rend l’épargne moins attrayante et les coûts d’emprunt plus faciles à assumer;
- l’importance grandissante des politiques publiques et des paiements de transfert, qui incitent moins à épargner;
- le vieillissement de la population, qui amène la désépargne des fonds de retraite;
- le rythme de croissance lent des revenus personnels, qui réduit la disponibilité des fonds une fois effectuées les dépenses de consommation;
- l’accessibilité accrue et améliorée au crédit, qui atténue le besoin d’épargner en vue de se protéger.
Conclusions
- La constatation selon laquelle l’épargne diminue est inquiétante, surtout si l’on tient compte du fait que le nombre de Canadiens qui arrivent à l’étape de leur vie au cours de laquelle ils sont censés épargner en prévision de leur retraite (45 à 64 ans) va croissant.
- Bien que les établissements de crédit fournissent un service bénéfique à la population, la tolérance au risque de ces établissements ne doit pas être substituée au jugement des particuliers, qui doivent savoir discerner par eux-mêmes les bonnes dettes des mauvaises.
- De nombreux Canadiens ne semblent pas bien comprendre comment leurs dettes croissantes peuvent nuire à leur capacité d’affronter les revers économiques. En conséquence, les gens ne devraient pas se fonder uniquement sur les perspectives économiques générales pour déterminer de quelle façon ils géreront leurs finances. Ils devraient plutôt tenir compte de leur situation particulière pour établir leur capacité d'endettement puisqu'ils devront assumer les conséquences de leurs décisions financières.
- Compte tenu de l'endettement de plus en plus considérable, la population vieillissante du Canada pourrait se trouver coincée, ayant, d’une part, déjà engagé sans l’avoir encore gagné le revenu permettant d’assurer le service de ses dettes et étant, d’autre part, dans l’obligation d’accélérer l’accumulation de fonds en prévision d’une retraite qui approche rapidement.
- Le maintien du rythme actuel de l’endettement par rapport à la croissance des actifs aura pour effet d’accroître lentement, mais de façon soutenue, la dette des ménages particuliers et exercera de ce fait une pression plus grande sur l’économie et sur les systèmes financiers qui la soutiennent.
Recommandations
- L’accumulation appréciable d’actifs financiers, la constitution d’un « coussin de sécurité » financier plus considérable et plus diversifié, et les placements faits en vue de la retraite devraient rester au cœur des objectifs d'avenir des Canadiens.
- Différentes mesures aideraient les gens à atteindre leurs objectifs financiers, notamment améliorer la capacité financière et la littératie, offrir des régimes de retraite aux travailleurs, prévoir des dispositions incitant les personnes à faible revenu à épargner et combler le retard du Canada en matière de productivité.
- Les Canadiens doivent accroître leur capacité financière, c'est-à-dire perfectionner les connaissances, les compétences et la discipline dont ils ont besoin pour prendre des décisions financières. Pour ce faire, l’État et le monde universitaire devraient chercher à intégrer cette matière dans les programmes d’enseignement et les programmes communautaires.
- Compte tenu du fait qu'ils doivent prendre des décisions financières et assumer les conséquences de leurs choix, il serait utile de favoriser l'amélioration de la littératie financière chez les Canadiens qui ne possèdent pas les compétences nécessaires à ce chapitre pour répondre à leurs besoins de lecture quotidiens.
- Il faudrait prévoir des mesures incitant les employeurs à offrir des régimes de retraite qui encourageraient l'épargne-retraite privée.
- L'État devrait envisager l'établissement d'un régime d’épargne à impôts prépayés et d'autres formules incitatives spécialement conçues pour les personnes à faible revenu.
- Le fait de combler le retard en matière de productivité se traduirait par une amélioration des salaires permettant d'assurer le remboursement des dettes imposantes des Canadiens.
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